Armand Colin

  • Qui se souvient que la pédophilie a été considérée comme une cause « juste » voici seulement une trentaine d´années ? Au nom de la libération des moeurs, de grands intellectuels, des éditeurs, des journaux renommés, à gauche, mais aussi à droite, des hétérosexuels comme des homosexuels, l´ont défendue avec passion. Certes, une telle position faisait débat : ce livre nous replonge dans les controverses de l´époque et passe à la loupe les arguments des différents protagonistes.  Aujourd´hui, la pédophilie est quasi unanimement considérée comme une des pires choses qu´on puisse imaginer. Et celle-ci fait d´autant plus peur qu´elle est toujours plus envahissante : il n´est presque plus possible de consulter un média sans qu´il en soit question. Elle a colonisé aussi bien l´espace public que notre propre intériorité.  Pourtant, les sciences sociales sont restées inexplicablement muettes sur ce problème alors même que se posent de nombreuses questions : comment certaines élites ont-elles tenté de légitimer la pédophilie dans les années 1970-80 ? Comment, en l´espace de quelques années, le pédophile est-il devenu un danger pour la société ? Pourquoi ce retournement a-t-il été aussi rapide que radical ? Ce sont ces énigmes, et quelques autres, que cet ouvrage tente de résoudre.  Pierre Verdrager, chercheur en sociologie, est l´auteur de Ce que les savants pensent de nous et pourquoi ils ont tort. Critique de Pierre Bourdieu (La Découverte, 2010) et de L´Homosexualité dans tous ses états (Le Seuil, 2007).

  • Notre rapport au temps s´est métamorphosé. Un temps de formation étiré, une espérance de vie allongée, de plus nombreuses périodes d´inactivités ont considérablement accru le temps « libre ». Et pourtant, la civilisation des loisirs, annoncée dans les années 60, n´est pas advenue. Le temps soustrait au travail, au lieu d´être reposant, paraît contaminé par les contraintes et les pressions. Accaparé par ses multiples activités, étourdi par sa propre frénésie, l´individu moderne semble aspiré par un nouveau temps, distendu, éclaté, fractionné.  La multiactivité caractérise ce nouveau style de vie. Patrick Cingolani nous montre à quel point ce fait social transforme aujourd´hui l´individu. Il passe au crible trois figures contemporaines, virtuoses du temps - l´étudiant, le parent et le retraité - qui jonglent à leurs manières avec des temporalités enchevêtrées et plurielles. À côté de la dégradation des conditions de travail et de la précarité, il perçoit un usage des intermittences, des loisirs, de la culture qui s´affirme et qui montre que nous pouvons nous réapproprier le temps pour en faire un moyen d´affranchissement et de réalisation.  Plus largement, cet essai plaide pour que le temps redevienne une question politique et sociale et pour que les sociétés puissent se concevoir et s´émanciper au-delà de l´emploi.  Patrick Cingolani enseigne la sociologie à l´université Paris Ouest Nanterre.

  • S´il est devenu un lieu commun d´annoncer et souvent de dénoncer une prétendue uniformisation du monde, il conviendrait plutôt, au-delà de la convergence des préoccupations planétaires, de se demander si nos sociétés ne sont pas désormais avant tout gouvernées par un idéal massivement partagé de singularité, et travaillées en leur coeur par les multiples processus de singularisation qui en découlent.  L´auteur du présent ouvrage suit à la trace les effets en tous domaines de cette expansion singulariste ; ce qui le mène à prendre acte, comme il est devenu urgent de le faire, d´une radicale déstabilisation de nos approches du social et du politique.  Au-delà du bouleversement induit des habitudes les plus enracinées de la pratique sociologique, c´est toute notre conception de l´individualisme et, avec lui, de nos manières de faire société qui est remise en question.
      Le temps est venu de concevoir et de mettre en oeuvre une nouvelle articulation entre les enjeux collectifs et les épreuves des individus, susceptible de singulariser l´étude des phénomènes sociaux. Il s´agit donc de rien moins que de bâtir une sociologie pour les individus. 

  • S´engager fait toujours sens, peut-têtre même plus encore qu´avant, dans notre « société d´individus ».  Cet essai solidement étayé le montre, apportant un utile démenti aux discours convenus de dénonciation de la « montée des égoïsmes » et aux exhortations rhétoriques au « sursaut de citoyenneté ».  Les individus sont en effet plus nombreux, notamment parmi les jeunes et surtout les femmes, à s´associer, à se mobiliser, à intervenir dans l´espace public. Mais ils le font selon de nouvelles modalités, qui s´écartent notablement des schémas du militantisme d´antan. Plus autonomes par rapport à leurs milieux d´appartenance, plus soucieux de faire entendre leur parole propre, plus réflexifs, délivrés de toute révérence obligée envers les puissants et les experts, ces nouveaux militants déroutent parfois...  Le fonctionnement de la vie associative, les pratiques protestataires et la citoyenneté s´en trouvent modifiés. Appuyé sur des travaux d´enquête et une analyse très fine des engagements politiques et associatifs, cet ouvrage saisit un rapport au politique complexe et diffus, moins focalisé sur les élections et le mythe du grand soir.  Jacques Ion, sociologue, directeur de recherches au CNRS, a écrit de nombreux ouvrages sur le militantisme contemporain.

  • Qu´est-ce qui nous attire dans une vitrine de magasin ? Qu´est-ce qui nous pousse à en franchir la porte, à profiter d´une offre commerciale, à entrer dans la communauté happy few des abonnements premium, à compulser les pages d´un journal à la une alléchante ? Sans aucun doute la curiosité, ce ressort essentiel de l´action ordinaire qui nous invite à rompre avec nos habitudes et à nous transporter au-delà de nous-mêmes. La curiosité est prisée des professionnels et des technologies du marché dans le but de séduire les consommateurs. Car capter un public - attirer l´attention d´un lecteur, séduire un client, répondre aux attentes d´un usager, convaincre un électeur... - passe souvent par la construction de dispositifs techniques capables de jouer sur les motivations intérieures des personnes. Modèle du genre, pure machine de curiosité, le conte de Barbe bleue nous accompagne tout au long de cette promenade sociologique dans le cabinet de curiosités que propose ici Franck Cochoy. Entre histoire immémoriale et anthropologie contemporaine, l´auteur analyse méticuleusement les dispositifs fourbis par le marché pour entretenir la curiosité : campagnes de marketing, vitrine d´un magasin, teasing, packaging, abribus, Internet mobile.... Des affaires Bettencourt à Strauss-Kahn en passant par Wikileaks, l´ouvrage décrypte la presse d´investigation et ses « unes » excitantes pour nous révéler les secrets des révélateurs de secrets. Cet ouvrage original et truculent devrait satisfaire la curiosité du lecteur et l´entraîner dans un parcours inhabituel. Au terme de celui-ci, avisé et plus prudent, il saura repérer les pièges dont il est l´objet. À moins que la curiosité ne le reprenne ! Franck Cochoy, spécialiste des marchés, est professeur de sociologie à l´université de Toulouse II-Le Mirail.

  • Les trois quarts des séparations et des divorces sont demandés par les femmes.
    Pour la première fois, un sociologue s´empare de ce fait de société, en analysant le récit des femmes qui ont rompu. Il découvre que la séparation n´est pas seulement une expérience de désenchantement et d´épreuves à franchir. Aussi douloureuse soit-elle, elle apparaît aussi comme une étape par laquelle la femme moderne s´affranchit.  Cette émancipation revêt plusieurs formes. Certaines femmes se détachent pour survivre (mieux vaut divorcer que périr dans le couple), d´autres veulent passer à autre chose dans une logique de progression individuelle. Et puis il y a celles qui ne veulent plus porter le couple, jugeant que leur conjoint ne l´a pas assez investi.
    À chacune sa formule de séparation pourrait-on penser. Mais par un habile jeu de miroir, François de Singly nous présente l´expérience de la rupture comme le reflet de la vie conjugale : on se sépare comme on a vécu ensemble. Et on se sépare, aussi, pour vivre différemment, pour se trouver et s´accomplir.

    François de Singly est sociologue, professeur à l´université Paris Descartes. Il a écrit de nombreux livres sur le couple et la famille.

  • Internet a bouleversé le paysage des rencontres amoureuses. Avec une étonnante rapidité, la sexualité s'est banalisée au point de devenir un nouveau loisir. Mais le sexe peut-il vraiment devenir un loisir comme les autres ? Le sexe-loisir rend l'engagement conjugal encore plus difficile. Comment combiner sexe et amour, plaisir de l'instant et engagement durable ? Cet essai en donne quelques clés.

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