Gallimard

  • La Grande Migration est, pour l'auteur, la phase culminante d'un transfert de population vers l'Europe commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et qui s'est développé en plusieurs vagues.
    La dernière, la plus importante et la plus dramatique, s'est accélérée à partir de 2015, dans le cadre sanglant du terrorisme islamique et des conflits politiques, religieux et économiques qui déchirent l'Afrique du Nord (Libye, Égypte, Algérie) et subsaharienne ainsi que l'Irak, la Syrie, l'Afghanistan et le Pakistan. Des masses de malheureux se sont mises en marche.
    Raffaele Simone entend porter un regard analytique et sans concession sur toutes les conséquences de cette migration vers l'Europe. Un phénomène sans précédent qu'il faut regarder en face sans y être, par principe, ni hostile ni favorable. Raffaele Simone est l'auteur, aux Éditions Gallimard, dans la collection "Le Débat", du Monstre doux (2008), de Pris dans la Toile (2012) et de Si la démocratie fait faillite (2016).

  • D'où vient la crise qui paralyse lentement mais sûrement les démocraties et qui provoque en retour les sursauts populistes ? Sur la base d'études approfondies de l'opinion, Chloé Morin dégage les principaux facteurs qui ont créé cette situation. Les règles du jeu politique ont changé sans que son personnel s'en soit avisé. La défiance des citoyens envers les pouvoirs s'est installée sans que ses sources soient véritablement saisies et combattues.
    Le "séparatisme" fait des ravages, mais il n'est pas seulement là où l'on croit. Il est aussi le séparatisme des élites par rapport aux peuples, ou encore le fait des tribus dont le numérique encourage la fermeture sur elles-mêmes.
    Tels sont les vrais périls qu'affronte aujourd'hui la démocratie et qui soulèvent les passions populistes. Au lieu de dénoncer celles-ci comme une menace, soutient Chloé Morin, il faut savoir y lire un rappel de nos régimes à leur inspiration d'origine.
    Tels sont les vrais périls qu'affronte aujourd'hui la démocratie et qui soulèvent les passions populistes. Au lieu de dénoncer celles-ci comme une menace, soutient Chloé Morin, il faut savoir y lire un rappel de nos régimes à leur inspiration d'origine.

  • La métropolisation est une tendance lourde de nos sociétés. Né aux États- Unis, ce phénomène de concentration de la production de richesses dans de très grandes agglomérations a gagné la France au cours des dernières décennies et l'a profondément transformée. Pierre Vermeren retrace les étapes de cette nouvelle organisation du territoire autour de ses principaux pôles urbains.
    Mais l'objet de son livre est surtout d'alerter sur les retombées négatives de cette évolution. Elle a conduit à une éviction des classes moyennes et populaires des métropoles, renvoyées dans une « France périphérique » appauvrie. La crise des Gilets jaunes a mis en lumière les dommages démocratiques de cette partition sociale et territoriale. Encore faut-il leur ajouter les dégâts écologiques causés par le béton-roi, la démultiplication des infrastructures nécessaires à l'approvisionnement et au fonctionnement des métropoles et l'usage massif de l'automobile imposé à leur périphérie.
    Le bilan sans complaisance de ces effets délétères de toute nature mène à une conclusion sans ambages : la métropolisation est une impasse. Il n'est que temps de remettre en chantier une vision plus équilibrée de l'aménagement du territoire.

  • Yadh Ben Achour envisage dans ce livre le "défi démocratique" qu'ont aujourd'hui à relever les sociétés musulmanes. Un défi d'autant plus crucial à ses yeux qu'il est un fervent défenseur de l'universalité démocratique. Il se montre très critique à l'égard des faux-semblants de la prétendue 'démocratie islamique' et en appelle contre elle à la longue tradition de l'islam libéral, dont il fait remonter les racines aux penseurs classiques de l'islam, Averroès en tête. L'obstacle principal à la démocratisation dans les sociétés musulmanes actuelles, montre-t-il, est constitué par un phénomène plus social que religieux, "l'orthodoxie de masse". Ce qui ne l'empêche pas de déboucher sur une conclusion optimiste : une révolution intérieure est en cours, par laquelle s'opère une lente appropriation des valeurs démocratiques au sein du peuple des croyants.

  • C'est de l'intérieur que François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne depuis plus de vingt ans, a vécu ce qu'il appelle "la mystérieuse disparition de la force de gouverner". Il dresse un tableau saisissant de cette impuissance croissante des gouvernements successifs à répondre aux problèmes du pays.
    La raison fondamentale en est l'impossibilité de s'appuyer sur des diagnostics pertinents et approfondis, montre-t-il. Qu'il s'agisse de l'état réel du système éducatif ou du système sanitaire, de la situation des prisons, des réalités de l'immigration, l'État est aveugle. Il multiplie les gesticulations sous forme de lois d'annonce sans prise sur les questions qu'il prétend traiter.
    La conclusion s'impose : l'organisation institutionnelle actuelle ne permet pas de sortir de cette impasse. Il faut concevoir de nouvelles institutions pour y remédier. François Cornut-Gentille propose dans cet esprit l'établissement d'une assemblée qui serait chargée exclusivement de cette fonction de diagnostic, à charge pour le Parlement et l'exécutif de définir et de mettre en oeuvre les solutions.
    À l'heure d'une élection présidentielle qui s'annonce chargée d'incertitudes, cet essai vigoureux constitue une contribution éclairée et constructive au débat public.

  • Le Débat a 40 ans ! Comme à chacun de ses anniversaires décennaux, en 1990, en 2000, en 2010, la revue propose un numéro spécial consacré au bilan en profondeur du chemin parcouru, que ce soit sur le plan des idées ou sur le plan des transformations du monde et des sociétés.Car ce qui avait motivé la création de la revue en 1980, le sentiment d'un changement d'époque qui nécessitait l'élaboration de nouveaux instruments intellectuels pour l'appréhender, n'a cessé de se confirmer depuis lors. Ces quarante dernières années, on le mesure de mieux en mieux avec le recul, ont même été celles d'un basculement historique d'une ampleur tout à fait exceptionnelle, avec la mondialisation économique et financière pour commencer, mais aussi un renouvellement complet du paysage international, entre la disparition du bloc soviétique et l'ascension de la Chine, le surgissement avec les technologies numériques d'une troisième révolution industrielle ou la mise en place d'une société rebâtie autour de l'individu. Au moment où la crise sanitaire du Covid-19 provoque un nouveau bouleversement d'ampleur mondiale, la nécessité de faire le point s'impose plus que jamais.C'est l'ensemble de ces évolutions et de ces ruptures que ce numéro s'emploie à jauger. Il multiplie pour ce faire des éclairages synthétiques et incisifs dus aux meilleurs connaisseurs, en les accompagnant de retours sur les débats auxquels ces différents événements et phénomènes ont donné lieu. Ainsi fournit-il à la fois une mémoire de ce que fut ce moment d'histoire et une boussole pour s'orienter dans l'actualité.Les auteurs :Pierre Beckouche, Pascal Bruckner, Hélène Carrère d'Encausse, Michel Crépu, Philippe Delmas, Bénédicte Delorme-Montini, Charles-Henri Filippi, Claude Frochaux, Marcel Gauchet, Adrien Goetz, Mara Goyet, Ran Halévi, Nathalie Heinich, Philippe d'Iribarne, Jean-Noël Jeanneney, Philippe Joutard, Jacques Julliard, Ivan Krastev, Zaki Laïdi, Jacques Mistral, Pierre Nora, Pascal Ory, Krzysztof Pomian, Alain Rey, Gabriel Robin, Nicolas Vanbremeersch, Pierre Vermeren, Michel Winock.

  • Retail apocalypse. Cette expression désigne la vague de fermetures d'un grand nombre de magasins aux États-Unis depuis une dizaine d'années. En France, le mouvement n'a pas la même ampleur mais l'essor du e-commerce concurrence les ventes 'physiques' et contribue à faire progresser la vacance commerciale en centre-ville et dans certaines galeries marchandes.
    Pour autant, l'avenir des marchés, des boutiques, des centres commerciaux, des friperies, des brocantes, des grands magasins ou des librairies n'est pas scellé. En dépit de la digitalisation des courses, de la remise en cause de la distribution de masse et de l'apparition de nouvelles normes de consommation, le magasin demeure un lieu d'approvisionnement central.
    Il est également un lieu social et assume d'autres fonctions capables de garantir son existence. À travers une vingtaine de chapitres exposant les résultats d'enquêtes sociologiques, cet ouvrage propose une contribution originale au débat en mettant en évidence les fonctions symboliques et l'utilité sociale du magasin. Que fait-il à l'individu? Que vient y chercher celui-ci que les plateformes ne peuvent lui assurer ?
    Ni complainte du progrès, ni tract poujadiste de défense des petits commerçants, cet ouvrage examine les raisons qui poussent chaque individu à consacrer en moyenne deux heures quarante par semaine aux achats hors de son domicile.

  • L'identité n'est ni une notion molle, signifiant tout et n'importe quoi, ni, à l'opposé, une réalité substantielle qu'il suffirait d'observer. S'appuyant sur la compilation de nombreux travaux produits dans différents domaines (anthropologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse, histoire), cet ouvrage de synthèse montre qu'il s'agit d'une expérience à la fois importante et dûment structurée, ainsi que d'une notion parfaitement utilisable. Mais il faut pour cela s'abstenir de réduire la question de l'identité à un camp politique, ou à la seule dimension de l'identité nationale, ou encore à une conception essentialiste et unidimensionnelle : ce pour quoi la meilleure façon de comprendre l'identité est d'en passer par ce qu'elle n'est pas. Au terme d'une telle analyse, la notion d'identité apparaît comme non seulement compréhensible mais utile, en tant qu'elle permet de mettre en évidence les conditions d'une cohérence de soi dans les différents régimes d'existence, du plus individuel au plus collectif.

  • Quarante ans révolus après ses débuts, l'expérience libérale engagée dans les années 1980 demeure une énigme. Le débat qui l'entoure, limité à ses partisans et ses détracteurs, méconnaît la genèse et la nature de cette expérience. Ils sont d'accord, en fait, pour y voir un retour aux sources du capitalisme, célébré par les uns et combattu par les autres. Or, c'est au contraire un capitalisme très différent de son modèle originel qui s'est inventé à cette occasion, montre Jean-Luc Gréau.
    Il s'appuie sur une double mainmise des financiers et des juges sur les entreprises et les États, dont les pouvoirs économique, financier et législatif ont été réduits à la portion congrue. Mondialisation et financiarisation vont ainsi de pair. La création de valeur pour l'actionnaire se révèle, à l'usage, comme la raison d'être de la mondialisation.
    Un nouveau système financier a vu le jour dans ce cycle qui justifie de parler d'une révolution bancaire. Elle s'est traduite par la déresponsabilisation des banques commerciales et la privatisation des banques centrales.
    Cet engrenage est une menace fatale tant pour les peuples et les États que pour l'écosystème. Leur sauvegarde réclame un changement de cap radical, plaide Jean-Luc Gréau pour finir. Il en indique les pistes.

  • À la fois fer de lance du progressisme et haut lieu du conservatisme, patrie de #MeToo mais aussi de Donald Trump, les États-Unis n'en finissent pas d'étonner et de surprendre. Tous les quatre ans, l'élection du président focalise l'attention, d'abord sur les personnalités candidates aux primaires, puis sur celles des deux challengers. Leurs noms nous sont familiers, mais nous connaissons souvent moins bien leurs idées et les philosophies qui les portent. Pourtant, elles irriguent nos mentalités et continuent d'exacerber les imaginations au-delà des frontières.
    De la question de l'immigration à celle de l'assurance santé, de la problématique de l'avortement à celle de l'environnement, des tensions interraciales au fléau de la violence, Didier Combeau explore ici les fractures qui parcourent la société américaine et se traduisent par un rejet de plus en plus viscéral de l'adversaire politique. Il donne en termes simples les clefs indispensables à la compréhension du subtil fonctionnement du fédéralisme, de l'équilibre des pouvoirs, et d'un système électoral sujet à polémiques, qui peine à asseoir la légitimité d'un président parfois élu à la minorité des voix.
    L'étude des joutes qui opposent conservateurs et progressistes se prolonge dans une réflexion sur l'identité politique et nationale du premier soft power mondial.

  • La crise française (suite) :
    Dominique Labbé - Dominique Andolfatto, Crise des retraites: un contre-modèle social
    Philippe Genestier, Redistribuer avant même de produire? Le mythe d'un gisement inépuisable de richesses
    Sébastien Hua, Le désarroi réprimé des élites

    Robert Holcman, Le paradoxe hospitalier français. Trop d'hôpitaux tuent l'hôpital

    Troubles dans la mondialisation (suite) :
    Richard Labévière, La mondialisation, c'est la mer. La France face à la nouvelle géopolitique des océans
    Pierre Bellanger, Trois empires et un garde-manger
    Todd Gitlin, Le salut par le pécheur. Comprendre la base de Trump

    Apprendre à lire et à écrire aujourd'hui :
    Kyrill Nikitine, Apprendre à écrire à l'âge numérique
    Sarah Goutagny, Ce qu'écrire veut dire. Sur les origines culturelles des inégalités scolaires
    Laurent Ségalant, Petit bilan pour une longue carrière de maître d'école

    La gauche face à l'avenir :
    Benjamin Vendrand-Maillet, La gauche face à la nouvelle génération
    Nicolas Leron, La gauche à l'épreuve de l'Europe. La voie de la double démocratie européenne
    Chloé Ridel, Pour une démocratie de la technique
    David Djaïz, Capitalisme, démocratie, soutenabilité: l'impossible équation?
    Dan Aleph, Savoir, vouloir, pouvoir... dans l'anthropocène
    Alexandre Escudier, Pour un 'républicanisme soutenable'. Sortir du cycle néolibéral
    Sophie Pornschlegel, Les dilemmes de la social-démocratie allemande. Entre néo-conservatisme et rétro-socialisme
    Anna Gromada, Pourquoi la gauche est-elle faible en Pologne?

  • États-Unis :
    Adam Tooze, La fin du siècle américain?
    Paul Zajac - Célia Belin, La nouvelle gauche américaine
    Maya Kandel, Le conservatisme national américain. La nouvelle droite américaine et le monde
    Roman Bornstein, Ingérence numérique, mode d'emploi

    Chine :
    Emmanuel Dubois de Prisque, L'indistinction du politique et du religieux en Chine. Un problème contemporain
    Daniel Arlaud, Faut-il avoir peur des nouvelles routes de la soie?
    Dominique de Rambures, Le pivot chinois de Vladimir Poutine

    Georges Le Guelte, Pourquoi moderniser les arsenaux nucléaires?

    Europe :
    Pascal Bruckner, L'Europe mourra de ses vertus
    Thierry Chopin - Yves Bertoncini, Macron l'Européen : de l'Hymne à la joie à l'embarras des choix
    Emmanuel Droit, L'irrésistible ascension de l'AfD. La fin de la 'démocratie heureuse' en Allemagne?

    Bernard Bonnelle, Juger le droit d'asile

    Du 'port-colonial' au 'décolonial' :
    Sylvie Taussig, Descartes dans la pensée décoloniale. Une histoire alternative de la philosophie?
    François Jacquesson, L'Europe d'Edward Said et la passion 'communautaire'
    Catherine Coquery-Vidrovitch, Cheikh Anta Diop et l'histoire africaine

  • Ce nouveau livre de Luuk van Middelaar fait suite au Passage à l'Europe publié précédemment dans la "Bibliothèque des Idées" en 2012. Son fil conducteur est la série de crises qui ont secoué la construction européenne depuis la grande crise financière de 2008 : la crise de l'euro, la crise ukrainienne, la crise des réfugiés, la crise du Brexit, et enfin la crise atlantique ouverte par l'élection de Donald Trump en 2016. Autant de chocs qui ont mis à l'épreuve les fondements de l'édifice et qui ont obligé les différents acteurs du processus européen à improviser pour maintenir la cohérence d'une union en proie à de puissantes forces contraires. Cest la leçon de politique incorporée dans ce travail d'équilibriste que Luuk van Middelaar s'efforce de dégager. Une nouvelle Union a pris forme dans les faits. Il faut aujourd'hui en saisir la nature pour assurer son avenir.

  • L'islam est devenu une religion française. Parce que c'est la première religion pratiquée de France. Parce que les musulmans de France sont français pour les trois quarts d'entre eux. Parce que la France peut être une terre fertile pour le renouveau théologique et intellectuel dont l'islam a tant besoin. La religion musulmane enfin est un problème français parce que c'est au nom d'Allah que le terrorisme frappe la France ou que certains tentent d'imposer une vision du monde alternative au projet républicain.
    Le livre d'Hakim El Karoui explore les pratiques, les croyances et les comportements des musulmans de France, grâce à l'exploitation minutieuse de la grande enquête réalisée en 2016 par l'Institut Montaigne. Il décortique la stratégie de diffusion de l'islamisme et les ressorts de son succès. Il analyse enfin les mécanismes qui conduisent petit à petit intellectuels et commentateurs à tomber dans les pièges des islamistes : réduire l'islam à l'islamisme pour encore et toujours imposer une seule et unique vision de l'islam.
    Il y a pourtant une voie, explorée dans ce livre, qui doit permettre à l'islam de trouver sa place sereinement dans la République grâce à une nouvelle génération qui émerge peu à peu, fruit de l'assimilation à la française, ici réhabilitée. C'est cette nouvelle génération qui doit mener la contre-insurrection culturelle dont l'islam a besoin, en France bien sûr, mais aussi dans le monde musulman.

  • Une thèse communément admise voudrait que le développement économique spectaculaire de la Chine et l'expansion d'une classe moyenne qu'il entraîne favorisent tôt ou tard une libéralisation de son régime politique et une évolution plus ou moins douce vers la démocratie. Est-ce si sûr ? Jean-Pierre Cabestan montre la fragilité de cette thèse en regard du fonctionnement réel du système politique chinois et de ses rapports avec la société. Il expose les raisons qui rendent beaucoup plus probable le maintien d'un régime autoritaire et modernisateur dirigé sans partage par le Parti communiste, la principale étant le large consensus des élites autour de ce projet.

  • La vulgarité est omniprésente aujourd'hui. Elle s'exprime dans les manières, le langage, l'accoutrement, les arts ; on la rencontre dans la foule comme dans les élites, et jusqu'au sommet de l'État ; elle prolifère dans la publicité, les médias, sur Internet et les réseaux sociaux. Qui plus est, elle s'affiche sans vergogne, elle est assumée, souvent agressive même.
    Cependant, malgré son essor et son aggravation, malgré les désagréments qu'elle engendre, la vulgarité n'a jamais fait l'objet d'un examen systématique. Ce livre entreprend de réparer cet oubli. Pour saisir au mieux son sens, l'ouvrage enquête sur les critiques très vives que la vulgarité suscite depuis deux siècles et les remèdes qui furent mis en oeuvre, en vain, pour la prévenir. Il part à la recherche d'un nouvel antidote en remontant aux sources qui la rendent possible et autorisent, voire encouragent son déploiement.
    La vulgarité est le fruit d'une modernité intempérante et sa propagation reflète les errements de la postmodernité. L'examen des principes fondateurs de l'Occident contemporain met au jour les ressorts profonds du phénomène et suggère la voie à suivre pour nous prémunir contre lui.
    Au-delà de la vulgarité, il s'agit de relever la tête face à la radicalisation de la modernité, qui dévoie le projet d'émancipation qu'elle porte et contrarie l'épanouissement de notre humanité.

  • Notre conjoncture historique ramène au devant de la scène une série de questions sur ce que fut l'expérience politique du XXe siècle. L'anniversaire de la révolution d'octobre 1917 fournit l'occasion naturelle de les examiner. Cet essai s'efforce d'y apporter des réponses précises. Qu'est-ce que le populisme ? Une idéologie de synthèse qui permet à la droite de trouver le chemin des classes populaires en adoptant un style de gauche. Qu'est-ce que la radicalité ? Une mythologie qui rapproche les extrêmes dans un rejet commun de la réforme et du compromis et facilite, le cas échéant, la circulation de l'un à l'autre. Dans certaines conditions de température et de pression politiques, la radicalité de gauche ou la radicalité populiste peuvent accéder au pouvoir. Elles en font alors un usage qui satisfera, en proportions variées, le goût de l'absolu qui anime les radicaux et la servitude volontaire qui anime les populistes. Cela donne ce qui mérite le nom de "catastrophe".

  • Bienvenue dans le monde de la politique d'identité, qui, d'Amérique jusqu'ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des "réseaux sociaux", nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQ) et volontiers blessées. Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d'identité conforte l'avènement d'un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n'est plus entre les seules mains du tyran, du Parti ou de l'État, mais à la portée d'êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l'inattendu - dont les arts - au nom du déjà dit et des comme-nous.
    Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d'en vouloir comprendre les manifestations contemporaines.

  • Lorsque l'organisation de l'État islamique proclame le califat en 2014, elle signe le retour d'une institution à l'histoire plus que millénaire. Le calife, à l'origine simple successeur du Prophète de l'islam, devient une figure centrale du pouvoir, avec la mise en place de plusieurs dynasties califales : les Omeyyades à Damas, les Abbassides à Bagdad, les Fatimides au Caire, les Almohades à Marrakech, les Ottomans à Istanbul.

    Au fil des siècles, cette figure évolue : d'abord chef spirituel et temporel, le calife finit par n'être plus qu'un guide religieux, soumis au pouvoir d'un vizir ou d'un émir. Il subit tout à la fois la pression des oulémas et de l'armée, puis celle des puissances étrangères, avant de disparaître à l'issue de la Première Guerre mondiale.

    Malgré la suppression du califat en 1924, ce rêve d'unité de la communauté musulmane est toujours présent. Il signe l'échec de l'État-nation porté par le nationalisme arabe et le retour d'un panislamisme conquérant. Loin d'être l'expression d'un fanatisme local, il apparaît aujourd'hui comme un projet mûrement réfléchi, à l'enracinement historique.

  • L'évolution accélérée des technologies bouleverse la médecine et notre système sanitaire. Elle porte à ses dernières conséquences le changement que le stéthoscope de Laennec avait jadis engagé en forgeant un instrument qui démultiplie le pouvoir de l'observation. Nous assistons pour de bon à l'émergence de ce que Guy Vallancien propose d'appeler une "média-médecine", une médecine médiatisée par le recours aux capacités de l'ordinateur, que l'on retrouve de la génétique à la robotique chirurgicale, en passant par la télémédecine et les communautés de malades.

    C'est à l'analyse des transformations rendues possibles par cet outil d'une puissance incomparable que l'ouvrage est consacré. Leurs effets ne s'arrêtent pas à la seule pratique médicale. Elles permettent d'envisager une réorganisation profonde du système de santé. Contre l'antiscience actuelle, Guy Vallancien se livre à un vigoureux plaidoyer en faveur des progrès qui sont de la sorte à notre portée. Nous avons les moyens d'une médecine à la fois plus efficace et plus humaine. Sachons les saisir, argumente-t-il, au lieu de nous enfermer dans la défense de routines dépassées.

  • Amérique latine : de l'ancien au nouveau populisme :
    Alain Rouquié, Amérique latine : démocraties à l'épreuve
    Christian Girault, L'Amérique du Sud entre espoirs et déconvenues. Un panorama géopolitique
    Philippe Boulanger, La Bolivie au bord du gouffre
    Élisabeth Burgos, Venezuela, une exception ?

    Autour de Le peuple contre la démocratie de Yascha Mounk :
    Nicolas Baverez, Le krach de la démocratie
    Laurent Bouvet, Les noces contrariées du libéralisme et de la démocratie
    Gilles Finchelstein, La démocratie à l'état gazeux
    Marc Lazar, Une nouvelle composante de la démocratie
    Timothy Garton Ash, Jesus Rex Poloniae

    Questions françaises :
    Sergei Fediunin, Le clivage 'progressistes' contre 'nationalistes' a-t-il un sens?
    Bernard Granger, 'Ma santé 2022' : un plan ambitieux, des moyens limités

    L'Amérique de Trump (suite) :
    Didier Combeau, États-Unis : sexe, violence et politique
    Célia Belin, France - États-Unis : dépasser le pragmatisme

    L'euro dans la tempête :
    Adam Tooze, La Banque centrale européenne face à la crise financière. Bilan d'une gestion
    Jean-Claude Trichet, L'euro et la zone euro : une remarquable résilience dans la crise

    Autour de Notre histoire intellectuelle et politique, 1968-2018 de Pierre Rosanvallon :
    Didier Leschi, Leur histoire et la nôtre
    Nicolas Roussellier, La gauche et les intellectuels : vers un no man's land?
    Henri Weber, Crise des idées, crise des moyens, crise de l'avenir
    Pierre Rosanvallon, Pour une lucidité partagée
    Michel Winock, La deuxième gauche dans l'histoire du socialisme

    Le débat du Débat :
    Pierre Avril, La Constitution : 1958-2018

  • Élections : sous le signe de l'imprévisible :
    Marcel Gauchet - Gilles Finchelstein, Une étrange victoire (un échange)
    Nicolas Roussellier, Où en est la Ve République?
    Michel Guénaire, Une violente transition. Scènes de campagne
    Stéphane Rozès, Emmanuel Macron, Aladin de l'imaginaire français (entretien)
    Gaspard Gantzer, Communication politique, les leçons de 2017
    Nicolas Vanbremeersch, 2005-2017: la politique dévorée par le numérique?

    Jean-Baptiste Barfety - Arnaud Montebourg - Franck Dedieu, Privatisations et volontarisme économique. Les dénationalisations de 1987 et leurs leçons.

    Fillon : quand les juges s'invitent en politique :
    Pierre Avril, L'État de droit contre l'État républicain?
    Denys de Béchillon, Torquemada aux manettes
    Francis Hamon, L'État de droit et le principe de l'opportunité des poursuites
    Olivier Jouanjan, Un 'coup d'État de droit'?
    Pierre Avril, En guise de conclusion (provisoire)

    Pascal Bruckner, Qui sont nos ennemis?

    1917 : Révolution russe, siècle américain :
    Marc Ferro, Révolution d'Octobre : que doit-on commémorer?
    Sophie Coeuré, Un passé peu encombrant. La mémoire d'Octobre 1917 entre l'Union soviétique et la France
    Stéphane Courtois, L'Europe face à la mémoire du communisme
    Georges Nivat, Soljenitsyne, d'octobre à février 1917. L'échec de la démocratisation russe
    Adam Tooze, Le siècle américain, 1917-2017

  • La meilleure façon de saisir une société, c'est de comprendre ses obsessions. La nôtre est obsédée par la célébrité. Ce livre cherche à comprendre pourquoi, et comment, la notoriété est devenue un objectif suprême. À cet égard, il s'est produit plus qu'une évolution : une révolution. Comment le narcissisme a-t-il pu ainsi triompher de l'humilité ? Certes, jadis, la gloire était encensée. Mais la célébrité n'est pas la gloire, les people ne sont pas des héros. Tenter de saisir cette rupture, c'est saisir la nature de notre époque.

    Pourquoi les people suscitent-ils autant d'attrait ? Leur présence dépasse aujourd'hui de loin la presse spécialisée. Ils ont envahi Internet, et même les journaux les plus sérieux se penchent aujourd'hui sur leur sort. Alors que les people ne sont célèbres que pour leur célébrité, l'attention dont ils bénéficient ne cesse de croître. Cet essai vise à comprendre un tel paradoxe. Pour ce faire, il convoque un univers bien éloigné de celui de Nabilla et de Justin Bieber : celui des sociologues qui, de Weber à Simmel, se sont attachés à expliquer la modernité. Car les people constituent le parfait résumé de notre époque.

    Comprendre le rôle qu'ils jouent auprès de nos contemporains permet de mieux comprendre notre société. Ce nouveau culte de la célébrité pour elle-même révèle la condition des anonymes, depuis l'individualisme contemporain jusqu'au consumérisme. À travers le people, c'est le peuple qui est éclairé.

  • En dépit de certaines apparences, l'immigration ne constitue pas le principal sujet de cet ouvrage. Ce dont il est essentiellement question, c'est la crise interne à la nation française, une crise tout à la fois politique et morale, une crise de notre projet républicain aussi bien que de notre identité collective.

    La variété de ses symptômes permet d'appréhender cette crise sous de multiples angles, de l'éducation aux institutions en passant par l'économie. Si l'immigration formera ici la pierre angulaire du raisonnement, ce n'est pas pour lui prêter un rôle causal, ni même pour lui donner la primauté parmi les enjeux contemporains, mais parce qu'elle nous tend un formidable miroir. Quand on l'envisage dans toutes ses implications, on voit paraître la France telle qu'elle vit et se pense aujourd'hui : c'est comme une bobine que l'on déroule.

    Il s'agira donc, en dénouant minutieusement ce fil emmêlé, d'exposer les ressorts de nos difficultés présentes afin de cerner les moyens de les surmonter. Nos atouts sont évidents, mais le temps presse.

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