P.O.L

  • Pas dormir

    Marie Darrieussecq

    Je ne dors pas. J'ai perdu le sommeil. Il erre quelque part, loin de moi, comme une ombre. Ou, allez savoir, il fait la fête, et c'est moi l'ombre. Qui est-ce qui ne dort pas quand je ne dors pas ? L'insomnie croît comme le désert, à mesure que tombent les grands arbres. Et pendant ce temps, d'autres êtres ont les yeux ouverts. D'autres yeux regardent. L'insomnie se nourrit de ce sentiment confus : il y a autre chose.
    Alors pour dormir, j'ai tout essayé.

  • - Pourquoi tu écris ?
    - Parce que je ne parle pas.
    - Ce n'est pas vrai.
    - C'est pour ça aussi que j'écris, parce que ce n'est pas vrai.

    En Uruguay, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, j'ai appris à donner à mon silence la forme qu'il a aujourd'hui : une forme littéraire. C'étaient des années de fièvre et de sang, celles où les pires dictatures que l'Amérique latine ait connues se mettaient en place.
    Cette terre, je l'ai perdue, comme j'ai perdu ma langue maternelle. Ce qui demeure, ce à quoi voudraient rendre hommage ces pages, c'est à cette autre patrie qui nous appartient à tous parce qu'elle ne sera jamais à personne - l'enfance.

  • Yoga

    Emmanuel Carrere

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression. La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • Oh, cet étrange choeur qu'on forme tous ensemble sans le savoir.

  • Rabalaïre

    Alain Guiraudie

    "- C'est toi qui l'as tué, le fils Fabre ?
    Je suis pas du tout surpris par la question et d'ailleurs, je suis même pas sûr que ça soit vraiment une question. J'ai d'abord l'idée de contester mais j'en fais rien, je réfléchis, je me dis que désormais entre Gabin et moi, c'est à la vie, à la mort, il m'a dit des choses, il faut que moi aussi j'y donne une vraie preuve de confiance et même une preuve d'amour, et donc je me tourne vers lui et lui aussi il quitte la route des yeux, juste la fraction de seconde où j'y dis :
    - Oui !"

  • L'année de l'éveil

    Charles Juliet

    Un petit paysan qui n'avait jamais quitté son village se retrouve un jour enfant de troupe. Dans ce récit, il relate ce que fut sa seconde année de jeune militaire, une année de découverte et de bouleversements, qui le verra mourir à son enfance et s'éveiller à des réalités et des énigmes dont il ignorait tout. La faim, le froid, les bagarres, son avide besoin d'affection, l'admiration qu'il voue à son chef de section, sa passion pour la boxe, les sévices que les anciens font subir aux bleus, la découverte de l'amour avec la femme de son chef, le sadisme de certains sous-officiers, la nostalgie qu'il a de son village, de sa chienne et de ses vaches, ses quinze jours de cachot, son renvoi de l'école puis sa réintégration, la hantise de mourir à dix-huit ans, là-bas, dans ces rizières où la guerre fait rage..., c'est le récit d'une entrée en adolescence, avec ses révoltes et sa détresse, ses déchirements et ses ferveurs.

  • Mausolée

    Louise Chennevière

    Ce mausolée aurait dû être le tien, fragile monument que je m'étais efforcée de bâtir, non pas à ta gloire, mais pour te détruire, saccager pour toujours ton image et cet immense amour que j'avais eu, de toi.

  • Quoi de neuf sur la guerre? En principe rien, puisqu'elle est finie. Nous sommes en 1945-1946, dans un atelier de confection pour dames de la rue de Turenne, à Paris. Il y a là M. Albert, le patron, et sa femme, Léa. Leurs enfants, Raphaël et Betty. Léon, le presseur. Les mécaniciens, Maurice, rescapé d'Auschwitz et Charles dont la femme et les enfants ne sont pas revenus. Et les finisseuses, Mme Paulette, Mme Andrée, Jacqueline. Et il y a l'histoire de leurs relations et de leur prétention au bonheur. Dans l'atelier de M. Albert, on ne parle pas vraiment de la guerre. On tourne seulement autour même si parfois, sans prévenir, elle fait irruption. Alors les rires et les larmes se heurtent sans que l'on sache jamais qui l'emporte. Alors, «ceux qui ont une idée juste de la vie» proposent simplement un café ou un verre de thé avec, au fond, un peu de confiture de fraises. 1981-1982. Le journal intime de Raphaël, alors qu'en France progressent les activités antisémites. Trente-cinq ans après, quoi de neuf sur la guerre? Rien de neuf sur la guerre. Parce que, comme le disait M. Albert en 1945 : «Les larmes c'est le seul stock qui ne s'épuise jamais.»

  • L'inattendu

    Charles Juliet

    C'est un petit paysan, un enfant sensible, attachant, dont on ignore le nom. Il découvre le monde des adultes, la vie, la peur, la tendresse. Il se livre à ses premières expériences, douces-amères, ou tragiques. Enfant de troupe, il connaît la solitude, l'ennui, la cruauté de certains chefs mais aussi l'amitié. Plus tard, avec le retour à la vie civile, c'est une autre solitude, une autre forme d'ennui et de désespoir. Mais il y aura cette ouverture, cette lumière possible que suggère une rencontre inattendue.
    Écrit tantôt sous forme de notes et de fragments plus ou moins développés, tantôt sous forme de récits, L'Inattendu est l'épilogue, longtemps après, de L'Année de l'éveil.

  • Tomates

    Nathalie Quintane

    "En tant qu'enseignante, j'étais satisfaite. En tant qu'écrivain, je rechignais pour la forme. En tant que rien de spécial, je pensais pan dans les dents."

  • La gloire des Pythre

    Richard Millet

    C'est en Corrèze, sur le plateau de Millevaches, l'histoire de la famille Pythre, une histoire qui va de la fin du siècle dernier à nos jours. Au commencement, il y a André Pythre qui arrive un soir au village, venu d'un canton voisin, le bout du monde, avec une demi-idiote, sa femme ou sa domestique, on ne sait. André Pythre est un personnage hors du commun, taciturne et mélancolique, en qui semblent se résumer des siècles de privations et d'entêtement à survivre en même temps qu'une volonté féroce de s'en sortir, d'échapper au nom impossible, au granit, à l'eau, au ciel trop bleu, à la jalousie des autres, à cette terre noire et froide qu'il faut disputer aux genêts, aux ajoncs, à la pierre. Mais comment vaincre la «maudissure» qui vous suit, vous et les vôtres, depuis si longtemps, comment vaincre ce qui gît en vous-même et vous entraîne vers le silence et la nuit?

  • Rade terminus

    Nicolas Fargues

    Diégo-Suarez, Madagascar. Une baie sur l'Océan indien, du soleil, des vestiges coloniaux, des filles, des ONG. Des Blancs en fin de course dont le monde blanc ne veut plus. Des voyageurs qui débarquent. Si ce roman a un but, c'est de bien faire comprendre au lecteur occidental que, considéré depuis tous les «bouts du monde» de la planète, l'Occident, c'est le bout du monde.

  • En enfance

    Mathieu Lindon

    "Ça y est, à nouveau il est un enfant. Il veut s'accaparer celui qu'il a été. Cette fois-ci, l'enfance est une décision. Comme si un enfant l'attendait dans une grotte, protégé du monde et du temps depuis toutes ces années. Avec ses trésors et ses naufrages, il est ce voilier qui flotte à tout vent. Armé de souvenirs, de sensations retrouvées qui s'agglutinent, fidèles et infidèles, il sera à jamais cet enfant-là, dorénavant. À quoi ça sert, l'enfance ? On tombe là-dedans pour y faire quoi ? Être un enfant, c'est comme être un dinosaure, ça remonte si loin. Il veut devenir ce paléontologue contaminé par son objet d'étude à qui son âge n'interdit pas d'écrire pour de vrai l'autobiographie de celui qui pourrait aussi bien être son fils que son père."

  • Un mage en été

    Olivier Cadiot

    Cela commence par une célèbre et très belle photo de Nan Goldin, Sharon in the river, une photo qu'on ne voit pas mais que décrit le narrateur, ce « mage » qui donne son titre au livre et, de fil en aiguille, cela va très loin dans l'espace et dans le temps pour périodiquement revenir à cette photo, centre énigmatique du livre, irradiant de sensualité, avant de repartir encore pour de nouvelles aventures. Un mage ? ou un artiste, et pourquoi pas un écrivain ? Un écrivain, un artiste, un médium, doué d'une perception ultra-pénétrante tout autant des choses matérielles que mentales, imaginaires, mémorielles, présentes et passées. C'est un monologue d'une inventivité inouïe, d'une drôlerie vertigineuse, qui va de l'infiniment petit à l'infiniment grand, du plus intime et du plus autobiographique à l'évocation historique à grand spectacle. C'est une réflexion en mots et en images sur l'art, la représentation, le deuil, la souffrance et l'amour. Abondamment illustré d'images qui viennent baliser ce parcours narratif débridé, cela crépite de toutes parts pour, suprême élégance, masquer le coeur souffrant du livre.

  • «[...] Ceci est donc le premier tome d'une série dont le but est de rendre compte de la diversité et de la richesse de l'oeuvre de l'un des écrivains les plus importants de notre temps. Bernard Noël est en effet un poète, mais aussi un romancier, un reporter, un polémiste, un sociologue, un historien, un critique d'art. Chaque volume, centré sur une des thématiques de l'oeuvre rendra aussi compte de cette grande diversité d'approche et de la non moins grande variété formelle des modes. On l'aura compris, Les Plumes d'Éros reprend les écrits érotiques de Bernard Noël, part importante, voire déterminante de son travail puisqu'elle lui a permis - les textes réunis ici s'étalent sur cinquante ans - d'expérimenter très tôt les rapports qu'entretient le corps avec la langue, avec les mots, et à quel point la phrase, la pensée, les sens forment ensemble une réalité qui dépasse chacun des éléments qui la constituent. Il y a dans ce volume des récits, des disputes et discussions, des poèmes, des essais, des textes aussi qui mélangent les genres et les subliment. Il y a, évidente et troublante, une écriture dont la sensualité donne à la pensée qui l'anime une présence et une épaisseur bouleversante alors même que l'humour comme la plus grande profondeur n'en sont jamais exclus.» Paul Otchakovsky-Laurens.

  • Le personnage erre dans le marché. Ou plutôt, dans deux marchés. Et se transforme lui-même en texte - en lisant. Il s'agit ici de l'expérience physique de la lecture, et des modes de citation possibles : comment inviter les phrases d'un autre dans son propre texte, ou comment écrire après la lecture d'un livre.

  • Comment vivre? Connaître de vrais accomplissements, être libre, et heureux? Et si l'on n'y parvient pas, qui en est responsable? Le travail, la famille, la province avec ses lenteurs, sa régularité et cette façon d'être comme loin de tout? Pris dans les contrats et les contraintes d'une vie familiale réglée, Pierre croit avoir trouvé en Laure la figure d'un amour idéal propre à résoudre toutes ses insatisfactions. Et Laure, dans son extrême jeunesse, répond avec élan à la passion de Pierre : ils connaissent ensemble des après-midi secrètes, des moments charnels très forts et les joies équivoques de la clandestinité. Ont-ils, enfin, rencontré la «vraie vie»? Ou sont-ils condamnés à ne connaître toujours, en fin de compte, qu'un simulacre de vie, une vie fantôme?

  • La question est ici : Est-ce qu'une relation peut être renversée ou non? Viggo Brøndal. En 1940, un an avant la naissance de Claude Royet-Journoud, le linguiste danois Viggo Brøndal publiait un livre sous ce même titre. «Presque invisible, la préposition hante la langue et plus particulièrement la langue de poésie. Elle l'aimante, la creuse, la bouleverse. Ici, je tente d'en saisir le récit et d'en retourner certains effets. Ce livre est d'abord un premier livre. Il en a, en quelque sorte, l'innocence et, oserai-je le dire, la perversité. Chacune des séquences de Théorie des prépositions est peut-être le miroir de cet enjeu. La fin fut repoussée à plusieurs reprises avant de pouvoir se reconnaître.» Claude Royet-Journoud.

  • Mon binome

    Charles Pennequin

    «Je parle de toi mon amour. Je parle de ton amour. Ou bien c'est de moi. C'est mon amour à moi dont il est question. Je me pose des questions sur notre amour à moi. Car y'a plus que moi dans cette affaire. Et je peux pas tout faire. Je peux pas faire l'amour avec moi tout seul. Et je peux pas parler tout seul non plus. Faut qu'on soit deux. Qu'on soit au grand complet pour se parler. Pour tout sortir. Faire le grand tri entre nos phrases. Pour dégager le terrain. Faut qu'on soit là pour faire table rase. Et pour qu'on soit plus qu'un. Faut qu'on discute un brin. Sinon ça sert à quoi de s'entêter. De tant vouloir être des hommes. Si déjà l'amour c'est pas humain.»

  • Rhésus

    Héléna Marienské

    «Un singe qui entre clandestinement dans une maison de retraite (cela s'est vu, j'en atteste), des vieux qui s'attachent, des forces de police incapables de récupérer la bête, le scandale public, les familles mécontentes, et le parfum de la joie qui monte avec celui du sang. Et le désir, et l'amour, intacts, au bord même de la mort. Qu'est donc Rhésus? Chimpanzé ou bonobo? Animal politique ou homme dénaturé? Combattant ou baiseur? Résistant ou passeur? Dans l'Iliade, il apparaît sous les traits du sauveur promis à Troie, il est ce roi guerrier mort trop tôt pour combattre : une ruse d'Ulysse de plus. Même là, aux origines de tout, il est passé presque inaperçu. Saura-t-on cette fois le reconnaître?»

  • Quand on est balancés dans le dehors du monde, oubliés par les bruits de la ville, quand, d'une façon ou d'une autre, on est morts. Alors, comme le dit Dante, on est là où le soleil se tait. Des hommes, en prison. Deux clochards, habitants du froid et de l'ombre, qui ne demandent rien. Une jeune femme un peu folle, qui piétine sa vie avec grâce parce que, dit-elle : 'Moi, tu sais, en dehors de l'amour...' Une princesse oubliée dans la légende d'un saint, qui a peur, parce qu'elle croit que les hommes vont 'laisser faire la déchirure de son corps et de l'été'. Les malentendus entre hommes et femmes, drôles, inusables, mortels. L'imbécillité d'une guerre, un chien qui mord parce qu'on l'a oublié. Et l'enfance immobile au bord de la nuit.

  • Carnets de Saorge

    Charles Juliet

    En 1993, Charles Juliet a passé quatre mois à Saorge - un village des Alpes-Maritimes proche de l'Italie - dans un monastère devenu lieu de résidence pour artistes. Ces carnets sont le journal qu'il a tenu pendant ce séjour. Qu'il parle de Saorge, des rencontres qu'il y fait, des paysages qu'il découvre, qu'il égrène des souvenirs d'enfance, nous livre des impressions de lecture, évoque Catherine de Sienne ou Chet Baker, qu'il commente l'actualité, nous confie son émotion à la vue d'un beau visage... il demeure fidèle aux thèmes et préoccupations qui nourrissent les quatre précédents volumes de son Journal. Ici comme là, c'est une même attention aux êtres et à la vie, un même souci de les dire avec des mots justes et simples.

  • s'ils réussissent, elle se mettra à bouger et même à tourner, la table astronomique de la plus grande aberration, en longitude et latitude des étoiles fixes

  • Le syndrome de Gramsci

    Bernard Noël

    Le «syndrome de Gramsci» serait la première manifestation d'un cancer de la langue dissimulé sous la dénomination anodine de «trou de mémoire». Mais un cancer implosif : «... une plaie dévorante, une plaie dans laquelle tout le langage peu à peu se précipite, une plaie blanche, qui absorbe toute la substance que d'ordinaire la langue transforme et réhabilite sans arrêt...» Ce que met en jeu ce roman, ce qu'il interroge sans répit, est au coeur même de la langue, au coeur même de la vie, à l'endroit précis mais toujours insaisissable, mouvant, où le corps, le langage, la pensée réalisent dans leur coïncidence la conscience de soi et du monde et où celle-ci, aussi bien, se défait.

empty