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Bruno Doucey
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Son nom la relie à une constellation, mais sa présence au monde la rend indissociable des paysages qu'elle traverse : Hélène Dorion vit environnée de lacs et de forêts, de fleuves et de rivages, de brumes de mémoire et de vastes estuaires où la pensée s'évase. Dans ce recueil voué aux forêts, elle fait entendre le chant de l'arbre, comme il existe un chant d'amour et des voix de plain-chant. « Mes forêts... », dit-elle dans un souffle qui se densifie de poème en poème. Et l'on entre à pas de loup dans une forêt de signes où l'on déchiffre la partition de la vie sur fond de ciel, sur fond de terre, sur fond de neige, de feuillages persistants et de flammes qu'emporte le vent, de bourgeons sertis dans l'écorce et de renouvellement. Un chemin « qui donne sens à ce qu'on appelle humanité. »
Née au Québec en 1958, Hélène Dorion a publié une vingtaine d'ouvrages de poésie au Québec, en Belgique et en France, et qui ont été traduits dans plus de dix langues. Lauréate de nombreux prix littéraires, elle est aujourd'hui considérée comme l'une des voix majeures de la poésie francophone. « Nous avons besoin de sa quête intérieure, de cette immensité du dedans, de ce vent de l'âme que sa poésie ne cesse de faire souffler et de faire entendre », écrit à son propos l'écrivain Pierre Nepveu. -
« Elles ont surgi d'une vague. » Elles, ce sont les femmes qui peuplent les mythes grecs, celles qui ont tenu bond face aux épreuves, qui ont aimé à la folie, qui ont lutté, trahi, tué parfois. Elles, ce sont les héroïnes qui accompagnent Murielle Szac depuis des décennies, celles qui l'inspirent dans sa vie comme dans son écriture. Mais ce sont également ces femmes de notre temps, rencontrées lors de séjours en Grèce, et qui portent à bout de bras leur foyer et leurs rêves. Qu'elles soient issues de la fiction ou faites de chair et d'os, toutes sont convoquées à travers ces poèmes. Les mots y sont imprégnés de l'odeur de la sauge et du diktam. Les voix se mêlent au bruissement des branches d
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« Ils sont là. Face à moi. Face au monde. » De qui Jeanne Benameur parle-t-elle au seuil de ce livre de poésie porté à la scène par une troupe de personnes vulnérables. Peut-être des comédiens qu'elle a rencontrés au moment d'écrire ce texte, et qui l'ont inspirée. Plus certainement, des personnages qui viennent frapper à la porte de son imagination, ces voix qui font entendre leur singularité, chacune bien arrimée à sa propre histoire et à sa vie. Il y a celle qui hait son désir de vivre parce qu'elle a trop subi ; celui ou celle qui rêve de s'envoler comme un oiseau ; celle que la violence du monde terrorise. Seul, chacun vacille et semble fragile. Mais ensemble, réunis dans un même texte, sur une même scène, ils forment une petite communauté qui ressemble ce que l'on nomme humanité.
Née en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France à l'âge de 5 ans. Aujourd'hui installée à La Rochelle, elle se consacre à l'écriture qu'elle perçoit comme une force émancipatrice. Ses romans l'ont révélée à un large public, au point de nous faire oublier que son premier livre était un recueil de poèmes. En 2011, Bruno Doucey facilite son retour à la poésie en publiant Notre nom est une île. S'ensuivront une demi douzaine de livres très remarqués. -
L'obscur soleil des corps
Louis-Philippe Dalembert
- Bruno Doucey
- L'AUTRE LANGUE
- 3 Octobre 2025
- 9782362295645
« J'aime la peau / qui s'est frottée avec allégresse / contre mille autres peaux », écrit Louis-Philippe Dalembert au seuil du plus sensuel de ses livres. La peau et ses frissons, la peau miroir des jours, le coeur qui bat, le désir qui palpite, et cette nuée de papillons qui se jettent à l'assaut de nos ventres. Avec L'obscur soleil des corps, le poète ne fait pas le compte de ses amours passées : il conjugue au présent les mille et une découvertes de nos sens, chante l'ardeur des premières rencontres, la fascination qu'exercent les fruits mûrs de la chair, les errements du coeur, la brûlure des départs, sans jamais oublier ces heures où l'on se sent deux fois vivant dans le voeu des regards et la satiété
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Je suis un songe de liberté
Ketty Nivyabandi
- Bruno Doucey
- JEUNES PLUMES
- 3 Octobre 2025
- 9782362295607
Année 2014 : nous découvrons avec émoi les poèmes d'une jeune autrice burundaise, Ketty Nivyabandi, que nous publions aussitôt dans des anthologies, simple promesse d'un livre à venir. Mais un an plus tard, Ketty est en première ligne des émeutes qui secouent son pays. Elle est obligée de fuir pour sauver sa peau, s'ensuivent l'exil et le silence. Fin 2024 : le recueil que nous attendions nous parvient enfin, tel un diamant extrait des profondeurs de la terre. La poésie de Ketty est là, intacte, résurgence d'amour, d'espoir et de résistance. Que s'est-il passé en dix ans pour qu'elle sorte du silence ? Quel songe de liberté, quel sentiment d'urgence l'ont-ils poussée à reprendre la plume ? Ce livre est un trésor qui aurait pu ne jamais exister. Les plus beaux chants sont ainsi : ils suspendent la déferlante du monde « afin de mieux le voir, de mieux le vivre. »
Nee en 1978 de parents burundais, elle grandit a Bujumbura, sur la rive du lac Tanganyka, avant d'effectuer ses etudes en France puis au Kenya. Poetesse, journaliste, militante des droits humains, elle prend activement part aux manifestations lors de la crise de 2015, au Burundi, et contribue a fonder le mouvement des femmes. Elle est alors contrainte de fuir son pays avec ses deux enfants. Sa poesie, puissante et solaire, se veut le «souffle d'un peuple aujourd'hui essouffle ». -
Un soldat qui fume des clopes, un aviateur qui virevolte dans les airs, une centrale hydroélectrique, le métro, la vitesse... Les premiers écrits de Mykhaïle Semenko, d'inspiration futuriste, accordent une place majeure aux thèmes urbains et aux expérimentations formelles. Avec cet écrivain inventif, la poésie entre de plain-pied dans la modernité. Mais l'histoire qui est à l'oeuvre dans le monde soviétique modifie la trajectoire de son existence. Confronté à la guerre, à la terreur stalinienne puis au goulag, ce dissident devient le chantre d'une génération sacrifiée, le hérault de la Renaissance fusillée. Pour nous, lecteurs qui découvrons des pans entiers d'une mémoire occultée, le passé est aux portes de l'avenir. Il y avait Apollinaire, il y avait Lorca, il y aura désormais Semenko.
Ce poète né en 1892 est considéré comme le père fondateur du futurisme ukrainien. Au début du XXe siècle, il prend part aux mouvements artistiques qui rompent avec les standards de la politique culturelle soviétique. Sa dissidence le conduit à créer des groupes d'avant-garde et à se montrer d'une surprenante vitalité créatrice. En 1937, il est arrêté et envoyé dans un camp dont il ne reviendra pas. Cette figure de proue de la Renaissance fusillée est aujourd'hui réhabilitée. -
"et donc jeunes femmesvoici le dilemmequi est en soi la solutionj'ai toujours été à la foissuffisamment femme pour être émue aux larmeset suffisamment hommepour conduire ma voiture dans n'importe quelle direction"
Il y a deux façons de présenter Hettie Jones, née dans une famille juive de Brooklyn en 1934. La première, c'est de rappeler qu'elle fut l'épouse de LeRoi Jones, artiste afro-américain qui rejoindra le mouvement des Black Panthers. La seconde, c'est de dire que cette écrivaine, qui côtoya Allen Ginsberg, Thelonious Monk, Jack Kerouac ou Billie Holiday, est l'une des voix majeures de la Beat Generation. Une femme d'exception qui conduit sa vie une main sur le volant et une main dans les airs. -
la mémoire est un puzzle chatoyant
dont il manque une grande partie des pièces
clouer les souvenirs sur le papier
à peine retrouvés ils s'envolent
comme des papillons de nuit
les souvenirs m'échappent
et j'ai peur de disparaître
Née en 1974, Karine Reysset a grandi entre la côte normande et la région parisienne. Durant sa scolarité, elle croise un garçon nommé Olivier Adam mais c'est à l'université, où ils entreprennent des études d'économie, qu'elle fait vraiment sa connaissance. Débute alors la grande aventure amoureuse et littéraire de sa vie. Romancière, scénariste, autrice de livres jeunesse, elle questionne la famille, le couple, les fratries, la mémoire. Une vie comme ça est son premier recueil de poésie. -
Nonbinarité, LGBTQIA+, queer, genderfluid, agenre, demiboy, demigirl... Il fallait un poète pour entrer sans effraction dans l'espace sémantique d'un des tabous de notre temps. Pour déployer, sans le froisser, l'origami d'un terme souvent mal compris, galvaudé ou banni, conspué ou trop étroitement porté en étendard. Avec Martin Page, les mots refusent leur assignation à résidence dans une pensée caricaturale. Son texte, travaillé à la frontière entre essai et poésie, dans une langue simple et imagée, se veut lui-même espace ouvert à la liberté d'interprétation du lecteur. Il n'assène rien, il n'impose rien. Son domaine est celui de la nuance et du mouvement, de l'ouverture et de la tolérance, sans lesquels il devient impossible d'appréhender la complexité du monde. Un livre qui aide à se penser soi-même comme un autre.
Martin Page, né en banlieue parisienne en 1975, vit aujourd'hui à Nantes. Après avoir été un étudiant dilettante, changeant chaque année de discipline, il effectue différents petits boulots, ce qui lui laisse le temps d'écrire. Il est l'auteur de romans (L'Apiculture selon Samuel Beckett, L'art de revenir à la vie), d'essais et de livres jeunesse. Il est aussi le créateur, avec Coline Pierré, du laboratoire d'édition Monstrograph. Un accident entre le monde et moi est son premier recueil. -
Nobody has to know
personne n'a besoin de savoir
personne d'autre que toi
ça reste entre nous la peau du petit matin
les après-midi volés
les clopes à la fenêtre de la nuit
les replis les recoins
les heures à se dévorer
les itinéraires secrets
les chemins de traverse
les passages dérobés
Depuis son premier roman, Je vais bien, ne t'en fais pas, paru en 2000, Olivier Adam s'est impose comme l'une des voix majeures de la litterature francaise. A travers ses romans et ses livres jeunesse, il s'attache a depeindre les blessures intimes et sociales, les fissures qui se creusent entre les etres, les lisieres qu'il faut apprendre a habiter. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont plusieurs font l'objet d'adaptations. Il publie aujourd'hui son premier livre de poésie. -
Une colombe si cruelle : Poèmes en prose et autres textes
Federico Garcia Lorca
- Bruno Doucey
- SOLEIL NOIR
- 3 Septembre 2020
- 9782362292965
"Rien de plus antipoetique que le lien logique entre deux objets de quelque espece qu'ils soient. Il faut briser les amarres des liens visibles et invisibles. Il faut laisser les objets et les concepts aller librement ou ils veulent, qu'ils luttent, qu'ils volent pour que le monde soit plus amusant et que puisse exister la veritable poesie.
Vous les poetes avez une peur terrible de perdre la tête et un amour incomprehensible de la qualite logique. C'est absurde de te conformer a l'idee selon laquelle la chaussure n'a d'autre utilite que d'être chaussure et la cuillere cuillere. La chaussure et la cuillere sont deux formes d'une extrême beaute et ont une vie propre aussi intense que la tienne et surtout elles ont une capacite d'AVENTURE que tu ne soupconnes même pas."
Federico García Lorca est né le 5 juin 1898 dans le village de Fuentevaqueros près de Grenade. Poète, dramaturge, prosateur, mais aussi peintre et musicien, il est l'auteur d'une oeuvre qui fait de lui l'un des voix majeures de la littérature mondiale. En 1927, ses romances le propulsent sur le devant de la scène poétique, mais il refuse d'y être identifié et décide d'explorer une autre voie, celle de la prose. Il sera fusillé en août 1936, entre Viznar et Alfacar, par des milices franquistes. -
« Dans tes yeux de montagne
je vois des pins crochets
des versants moutonneux festonnés de cimes claires
des cascades effrontées qui dévalent les rochers
dans tes yeux je voyage
loin
sous un ciel renversant
je serre ta main rivière
et j'écoute ton souffle couler dans la terre »
Marie Pavlenko est née en 1974 à Lille. Durant une quinzaine d'années, elle exerce le métier de journaliste, puis se lance, dès 2009, dans l'écriture d'ouvrages de littérature jeunesse. En 2020 paraît son roman Et le désert disparaîtra, une dystopie dans laquelle l'autrice fait résonner ses engagements écologistes. Elle contribue également au recueil de nouvelles Elle est le vent furieux, au sein duquel six autrices prêtent leur voix à la Nature. La main rivière est son premier recueil de poésie -
1943, asile de fous de Saint-Alban en Lozère. Deux psychiatres organisent la résistance à l'embrigadement des fous et à leur négation. L'un, Tosquelles, a fui l'Espagne franquiste ; l'autre, Bonnafé, communiste, est un ami des surréalistes. Ils cachent les résistants blessés de la région. Ils y accueillent une jeune fille juive résistante, Denise Glaser, en même temps que le poète Paul Éluard et sa compagne Nusch. Éluard y passe huit mois, avec cette double menace de l'enfermement des êtres et de l'enfermement du monde dans la barbarie, cette double résistance à la normalité et à la folie. Dans cet hôpital, où l'on favorise le surgissement de ce que l'on nommera plus tard l'art brut, le poète-résistant découvre, sous le regard fasciné de Denise, comment la parole des « fous » garantit la parole des poètes. Une plongée vertigineuse à laquelle nous convie Didier Daeninckx.
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"Venez tous près de moi pour qu'on se constitue ensemble un corps capable de survivre encore un peu." Ces mots si forts ne sont pas ceux d'un homme parvenu au terme de son parcours, mais ceux d'un jeune poète qui confie au langage le soin de gouverner son coeur. Un père atteint d'une pathologie respiratoire chronique, des patients qui ont besoin de mettre des mots sur la souffrance, des médecins qui les aident à se battre... Il n'en fallait pas davantage à Arthur pour entrer dans la rédaction d'un texte qui substitue le souffle de la poésie à l'oxygène qui se raréfie dans des poumons obstrués. Des mots contre les maux, une infime douceur face à la douleur, une sensibilité à fleur de peau pour apaiser, soulager et peut-être guérir. Jamais poème n'a si bien chanté la vie, ce miracle fragile.
Né à Marseille en 1995, aujourd'hui installe a Paris, Arthur Scanu est à la fois libraire, poète et organisateur d'évènements culturels. Son premier recueil, Je crois que je viens de mourir (10 pages au carre, 2021), nous entraînait dans le flux de pensées d'une jeune femme confrontée a l'angoissante vacuité du monde contemporain. Avec Second souffle, texte initialement soutenu par l'Association Respiracteurs, il nous livre un texte très abouti sur la beauté fragile de l'existence. -
"peu à peu, comme Isis
je sais
que le corps du monde est là
Il apparaît enfin
et je sens à nouveau
la terre sous mes pieds
je peux penser enfin ce monde où je vis
et y prendre
ma place."
Née en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France à l'âge de 5 ans. Aujourd'hui installée à La Rochelle, elle se consacre à l'écriture qu'elle perçoit comme une force émancipatrice. Ses romans l'ont révélée à un large public, au point de nous faire oublier que son premier livre était un recueil de poèmes. En 2011, Bruno Doucey facilite son retour à la poésie en publiant Notre nom est une île. En 2019, L'exil n'a pas d'ombre rencontre un large succès. -
Cordon
Colère et pardon bercent ma maison
Colère et pardon percent mon plafond
Corps Don
le mot de l'éditeur
Ce pourrait être des secrets de femmes. Des mots que l'on étouffe à peine nés. Des tabous, des murmures, des silences, les chagrins ravalés de celles qui se taisent parce qu'avant elles toutes les femmes se sont tues. Mais avec Nawel Ben Kraïem, les mots ne se terrent pas au fond des poches, au fond du coeur, au fond des cours. Ils explosent sur la page en bouquet de couleurs. Ils vrillent. Ils swinguent. Ils dansent. Ils disent le ventre rond, le ventre vide, le ventre qui saigne, le corps en vrac et le corps social, le corps et ses mystères, le corps de l'enfant qui vient au monde aussi. Avec elle, les mots de la poésie sont habités par un profond élan de vie. « Je suis mère deux fois et enfant tant de fois... », écrit-elle. Une femme danse, une femme chante, une femme écrit : écoutez-la, elle est porteuse d'un chant tout neuf.
Nawel Ben Kraïem est née en 1988. De cette artiste franco-tunisienne, le public connaît la voix grave et métissée, ainsi que les albums qui ont rencontré un franc succès : Mama Please (2009), Navigue (2016), Méditerranéennes (2017), Par mon nom (2019), Délivrance (2020). Avec J'abrite un secret, paru en 2021 aux Éditions Bruno Doucey, elle signe son premier recueil, dont elle tire un spectacle musical et un album : Je chante un secret (2022). Le corps don est son second recueil. -
"Aide à la personne, soin, accueil, éducation...
Prise en charge du corps de l'autre, des besoins de l'autre.
Entretien des bureaux, des maisons, des écoles.
Des femmes au travail.
Ces textes ont été écrits comme des instantanés photos.
Ici et maintenant."
Née en 1960, en Moselle, d'un père polonais et d'une mère allemande, Fabienne Swiatly se dit fille des aciéries et de la langue allemande, des bleus de travail et de la soudure, des ouvriers exploités et des manifs." Poète, novelliste et romancière, elle est l'autrice d'une oeuvre qui scrute le quotidien, interroge les frontières de langues et de classes, donne la parole aux êtres qui en sont privés. Dans l'atelier où elle forge ses livres, les mots se baladent souvent en bleu de travail. -
"Quand la vraie vie
n'était pas tout à fait
comme on l'aurait voulue
après coup
on avait cette parole formidable :
c'était pour du beurre."
Cette jeune femme, née en 1983, aime trop la vie pour n'en avoir qu'une. Elle écrit depuis l'enfance afin de multiplier à souhait les instants vécus. Parallèlement, elle enseigne le français dans la région de Fontainebleau, où elle vit, et mène à bien des projets artistiques tant pour l'Éducation nationale que lors de rencontres-ateliers tout public. Elle ancre l'écriture dans le quotidien et promeut une poésie simple, percutante, qu'elle souhaite accessible au plus grand nombre. -
"Au fond du couloir, une jeune femme marche comme si elle dansait, encore sous l'effet des somnifères qu'elle a avalés, elle marche en déséquilibre sur sa propre vie, elle ne se rend pas compte qu'elle ne tient pas sur la mince ligne droite qu'elle s'est tracée mais elle avance quand même, elle avance en dansant sur ses pierres, sur ses cailloux, sur ses rochers, le coeur entaillé, la bouche boursoufflée, l'ombre désarrimée, elle avance quand même avec son nez rougi de larmes, ses hanches tanguantes, ses yeux noyés, une bouteille de coca à la main, ne sachant quoi en faire jusqu'à ce qu'une infirmière vienne la lui prendre de peur qu'elle ne se casse, qu'une autre infirmière l'emmène au lit de peur qu'elle ne se casse."
C'est une femme possédée qui prend la plume. La romancière et poète Ananda Devi est littéralement possédée par Sylvia Plath et Ted Hugues, ce couple sulfureux de poètes, à l'intérieur duquel elle s'engloutit jusqu'au vertige. Car cette écrivaine, originaire de l'île Maurice, cherche en ce couple un écho brûlant à sa propre quête. Elle qui a gravi des échelons tout aussi escarpés pour devenir l'autrice à succès d'aujourd'hui, se demande s'il faut souffrir pour créer des chefs d'oeuvre. -
J'ai vu Sisyphe heureux
Katerina Apostolopoulou
- Bruno Doucey
- JEUNES PLUMES
- 7 Janvier 2021
- 9782362293610
"Vivre pauvre sans être rustre
Avoir peu et tout offrir
Garder le meilleur pour l'ami ou l'étranger
Reprendre tous les matins le même chemin
Savoir que toute la vie sera ainsi
Et en sourire
Moi
J'ai vu
Sisyphe heureux."
Katerina Apostolopoulou est née à Volos, en Grèce, en 1981. Après des études de lettres et de civilisation françaises à l'université d'Athènes, elle arrive à Paris, où elle vit encore aujourd'hui, pour effectuer un DEA de littérature comparée à la Sorbonne. Elle se tourne alors vers la traduction et le théâtre. En 2016, elle entreprend de traduire Ceux qui se taisent de Bruno Doucey pour les éditions Vakxikon, à Athènes. Avec J'ai vu Sisyphe heureux, elle publie son premier recueil. -
"L'avez-vous vu ?
Il portait son enfant dans ses bras
et il avançait d'un pas magistral
la tête haute, le dos droit...
Comme l'enfant aurait été heureux et fier
d'être ainsi porté dans les bras de son père...
Si seulement il avait été
vivant. "
Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris où elle connaît une situation difficile. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix féminines du Moyen-Orient.
Ses derniers recueils, Par la fontaine de ma bouche et La robe froissée, ont été publiés par les Éditions Bruno Doucey. -
Hiver 1962, Sarcelles : Xavier Grall tape furieusement sur sa machine à écrire enveloppé dans un nuage de fumée. Des mots voltigent autour de lui : salle de torture, embuscade, corps tuméfiés, pesanteur de la haine, gosse égorgé, rebelles, harkis, femme violée, peur au ventre, représailles... Il compile fiévreusement le cortège des mauvais souvenirs de la génération djebel, la sienne. Ce qu'il a vu lui, il n'en parlera pas. Des cauchemars le hantent. Pourquoi n'a-t-il pas suivi l'exemple d'Yvon, l'insoumis ? Pourquoi n'a-t-il pas déserté ? Comment effacer de sa mémoire la maison aux saules pleureurs ? Derrière le regard du poète breton, Patrick Pécherot nous laisse apercevoir avec pudeur et tendresse le désespoir et la rage étranglée des enfants de la guerre d'Algérie.
Patrick Pécherot n'est d'aucune guerre. Comme le personnage du jeune insoumis dans son roman, il croit en la force de la douceur, et sa plume n'est à l'aise que du côté des démunis, ouvriers, paysans, grosses mains crevassées et coups de rouge au comptoir. Auteur d'une douzaine de romans publiés essentiellement chez Gallimard, dont Pour tout bagages en 2022, il a beaucoup lu l'oeuvre poétique de Grall et voulait lui prêter vie, pour mieux interroger ses tourments et ses rêves d'un monde meilleur. -
"Les hommes lui donnèrent le prénom d'Hélène
Aujourd'hui
C'est le sillage de ses bras qui m'entraîne
Avec douceur vers des hameaux perdus
Sa main sur mon visage
Et le ciel m'est rendu
Qui dira les jardins où nous dormons ensemble
Ces greniers vagabonds où nous avons vécu
L'un et l'autre
À des kilomètres de distance"
Ne en 1920 et mort d'un cancer en 1951, à 31 ans, il est l'une des grandes voix de la poésie du XXe siècle. Ami de Max Jacob, Pierre Reverdy, Michel Manoll, il s'affirme rapidement comme le chef de file de l'École de Rochefort. En 1945, il publie Pleine poitrine dans lequel il revient sur l'occupation nazie. Suivront Les visages de la solitude (1946) et Quatre poèmes d'amour a Hélène (1948), avant que son oeuvre poétique ne soit rassemblée à titre posthume sous le titre Poésie la vie entière. -
"Du desert j'entends le cri
Dans le detail du regard humain
J'entrevoie le sens du grand voyage
Sur chaque ciel une memoire ecrite
Sur chaque memoire ecrite une vie
Dans l'immense pays
La chaleur n'en finit pas d'inventer des couleurs Mirage
Danse interminable
Distances invisibles
Etendues minerales
Mon regard se perd
Avec les milliers de regards humains
Du desert j'entends le cri"
En Algérie, où elle est née en 1968, le nom d'Habiba Djahnine est associé au monde de l'image puisqu'elle est à l'initiatrice de Béjaia Doc, atelier de création de films documentaires, et réalisatrice. Son long métrage Lettre à ma soeur est consacré à s soeur Nabila, militante féministe assassinée en 1995 à Tizi-Ouzou. Sur le plan littéraire, elle est l'autrice de deux recueils : Outre-mort paru en Algérie en 2003, et Fragments de la maison publié par les Éditions Bruno Doucey en 2015.