• « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison », disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d'ombres où le débat est souvent remplacé par l'invective : chacun, craignant d'y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu'éclairer les esprits.

    Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la «brutalisation» de notre débat public et qui veulent préserver l'espace d'une discussion aussi franche qu'argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d'opposer l'idéologie à l'idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n'est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C'est surtout retrouver l'espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n'y a pas plus radical que la nuance.

  • " Le croyant est le miroir du croyant ", affirme le djihadiste. Par ces mots, il adresse à l'Occident un défi : toi qui ne me prends jamais au sérieux, contemple ma ferveur et vois ta propre foi.
    Alors, faisons face. Saisissons le miroir. Observons l'image qu'il nous renvoie, nous qui sommes si réticents à dire " nous ", parce que ce serait délimiter une frontière avec " eux ". Mais le djihadiste nous y contraint. " Nous aimons la mort comme vous chérissez la vie ", martèle-t-il, de Ben Laden à Merah. Et en disant vous il exhibe un nous. Du même coup, il dévoile la pieuse arrogance qui nous désarme : nous sommes convaincus d'être le centre du monde, le seul avenir possible, l'unique culture désirable.
    Or, le djihadisme sème le doute. Sa puissance de séduction révèle la fragilité de " notre " universalisme. Nous voici donc obligés d'envisager autrement les rapports de force passés (l'histoire des colonialismes) et présents (depuis l'affaire Rushdie jusqu'à Charlie). Nous voici également contraints de porter un regard neuf sur la conquête des libertés (démocratiques, sociales, sexuelles...) qui distinguent l'Europe comme civilisation.
    Au miroir du djihadisme, cette croyance conquérante, nous découvrons ce qu'est devenue la nôtre : la religion des Faibles.
    Jean Birnbaum dirige le Monde des livres. Il est l'auteur de plusieurs essais, et notamment d'Un silence religieux. La gauche face au djihadisme (2016), auquel cet essai fait suite.

  • Alors que la violence exercée au nom de Dieu occupe sans cesse le devant de l'actualité, la gauche semble désarmée pour affronter ce phénomène. C'est qu'à ses yeux, le plus souvent, la religion ne représente qu'un simple symptôme social, une illusion qui appartient au passé, jamais une force politique à part entière.
    Incapable de prendre la croyance au sérieux, comment la gauche comprendrait-elle l'expansion de l'islamisme ? Comment pourrait-elle admettre que le djihadisme constitue aujourd'hui la seule cause pour laquelle un si grand nombre de jeunes Européens sont prêts à aller mourir à des milliers de kilomètres de chez eux ? Et comment accepterait-elle que ces jeunes sont loin d'être tous des déshérités ?
    Là où il y a de la religion, la gauche ne voit pas trace de politique. Dès qu'il est question de politique, elle évacue la religion. Voilà pourquoi, quand des tueurs invoquent Allah pour semer la terreur en plein Paris, le président socialiste de la France martèle que ces attentats n'ont " rien à voir " avec l'islam.
    Éclairant quelques épisodes de cet aveuglement (de la guerre d'Algérie à l'offensive de Daech en passant par la révolution islamique d'Iran), ce livre analyse, de façon vivante et remarquablement documentée, le sens d'un silence qu'il est urgent de briser.
    Jean Birnbaum dirige Le Monde des livres. Il est l'auteur de plusieurs essais, tous parus chez Stock, parmi lesquels : Leur jeunesse et la nôtre. L'espérance révolutionnaire au fil des générations (2005) et Les Maoccidents. Un néoconservatisme à la française (2009).

  • Mai 1968 - mai 2008, de la politique à la religion : parmi les maoïstes français, ils sont quelques-uns à avoir emprunté ce chemin. Qu'ils soient croyants ou athées, ils sont passés d'une scène marxiste à une scène spirituelle : de Mao à saint Paul, pour Alain Badiou, Guy Lardreau ou Christian Jambet ; de Mao à Moïse, pour Benny Lévy, Jean-Claude Milner et leurs camarades. Par-delà les divergences, ils se retrouvent désormais sur ce nouveau front. Mais ils ne se sont pas « rangés ». L'argent ne les intéresse guère, le conformisme bourgeois ne leur inspire que mépris. Pour ces hommes de plume, l'essentiel est ailleurs. Ils connaissent la France, le pouvoir qu'exercent les idées ici. Ils savent que la guerre intellectuelle, la seule qui compte, est une bataille de longue durée. Ainsi, les anciens « maos » n'ont pas cessé de croire. Avec le temps, l'objet de leur foi s'est déplacé, voilà tout. Hier, pour chacun, la Cause se situait à Pékin, au coeur de l'Orient rouge. Aujourd'hui, pour certains, la Cause s'appelle Occident. « L'Ouest », comme dit André Glucksmann. Chez ceux-là, d'une radicalité à l'autre, le glissement a quelques conséquences. Quarante ans après Mai 68, ces anciens gauchistes fustigent les Lumières, les penchants démocratiques et autres naïvetés progressistes : égalitarisme, anti-racisme ou pacifisme. Telle est donc la thèse de ce livre : dans leur style flamboyant, sans nuance ni pitié, les « Maoccidents » se tiennent à l'avant-garde d'une révolution culturelle qui s'appelle néoconservatisme.

  • Voici une expérience singulière : à quatorze ans, vouloir changer le monde. À quatorze ans, se mouiller pour ses idées, monter à l'assaut du ciel, endurer l'angoisse du militant. À entendre certains « soixante-huitards » revenus de tout, et qui prétendent avoir été les ultimes représentants de la jeunesse révolutionnaire, cette expérience serait désormais impensable : « Après nous, le désert politique », affirment-ils... À mille lieux de cette nostalgie stérile, Jean Birnbaum a voulu savoir comment l'espérance révolutionnaire se transmet entre les générations. Et si cette « enquête en filiation » est menée au miroir du mouvement trotskiste, c'est que ce courant singulier a maintenu vivante, tout au long du XXe siècle, une tradition minoritaire mais opiniâtre d'émancipation. En France plus qu'ailleurs, les traits spécifiques de cette tradition (l'écoute des aînés, la passion des textes...) en ont fait l'une des plus grandes écoles politiques et intellectuelles. Entre la génération des années 1930, isolée, pourchassée, affrontant à la fois le stalinisme et le fascisme, et celle des années 1960, solidaire des peuples colonisés, la continuité fut tant bien que mal assurée. De cette mémoire fraternelle, entre révolte et mélancolie, que reste-t-il maintenant ? Des jeunesses de jadis et d'hier à celles d'aujourd'hui, inventant, avec l'« altermondialisme », de nouvelles radicalités sans frontières, quelles sont les filiations ? À partir d'entretiens approfondis avec des militants, actuels ou anciens, célèbres ou inconnus, Jean Birnbaum restitue avec force des figures et des destins hors du commun, mais repère aussi la trace des déceptions et des déchirures intimes : sur la question juive, par exemple, ou encore sur les dérives sectaires. Au fil de ce parcours critique et au coeur de ces propos, n'en vibre pas moins l'exigence qui anime toute « génération » digne de ce nom : celle d'une justice à venir, par-delà le monde présent.

  • Dans un grenier à Stockholm, Daniel Birnbaum trouve un classeur abandonné portant la mention « Papiers laissés par Imm ». Les documents ainsi conservés ont appartenu à son grand-père Immanuel et dévoilent l'incroyable histoire de ce journaliste, connu par son nom de plume « Dr B. », qui arrive en Suède comme réfugié au début de la Guerre. Fils du cantor de la synagogue de Knigsberg, converti au protestantisme, condisciple de Walter Benjamin, Immanuel Birnbaum a fui le nazisme en 1933 pour être correspondant de journaux de langue allemande en Europe.À l'automne 1939, la capitale suédoise est au centre des négociations diplomatiques intenses, et Immanuel est aspiré dans un monde de double jeu. D'un côté, il travaille pour la maison d'édition Fischer repliée à Stockholm, et aide des espions britanniques à diffuser de la propagande en Allemagne. Mais, d'un autre côté, dans une lettre rédigée à l'encre sympathique, il dévoile à de mystérieux correspondants allemands le plan anglais de faire sauter le port d'Öxelsund par lequel transite une partie du minerai de fer nécessaire aux industries de guerre allemandes. Cette action devait forcer la Suède neutre à entrer en guerre. La lettre est interceptée et Immanuel est arrêté par les autorités suédoises. Dans Dr B., Daniel Birnbaum raconte ainsi sous forme romanesque ce qu'a vécu son grand-père en Suède à une période chaotique et éprouvante. Est-il un espion, un résistant, ou un journaliste manipulé ? Mais où commence la fiction ? Car le personnage principal du Joueur d'échecs de Stefan Zweig s'appelle lui aussi « Dr B. ». Il ne s'agit sûrement pas d'une coïncidence.

  • Parce qu'on l'associe spontanément, aujourd'hui, à une série d'inquiétudes portant sur la culture, les traditions, les manières de vivre, et parce qu'elle peut nourrir une rhétorique d'exclusion, voire de violente intolérance, la notion d'identité est parfois réduite à ses enjeux les plus périlleux. Or elle dépasse de loin ces seuls débats. Avant même de toucher à la politique, la question de l'identité s'impose à tout individu conscient, sous la forme de ce mystère que Francis Wolff résumait ainsi : « Je suis toujours le même comme une chose et pourtant je suis, comme les événements, cause de certains événements, mes actes. Je change sans cesse et pourtant je suis toujours celui que j'ai toujours été. Mystère de l'identité : qui suis-je ? »Cette interrogation, qui engage la façon dont une vie peut faire continuité, concerne chacune et chacun. Évacuer « l'identité », en faire un mot maudit, un mot moisi, sous prétexte qu'il provoquerait une dérive « essentialiste », ce serait passer à côté de l'essentiel. Ce serait ignorer que, pour déconstruire l'identité, il faut d'abord en affirmer l'épaisseur humaine, et même, peut-être, en revendiquer la puissance émancipatrice.

  • Au début, on pouvait croire à une mode passagère. Et puis la vogue est devenue lame de fond : aujourd'hui, l'amour de la philosophie constitue une passion partagée. Comme si notre société renouait avec une promesse des Lumières, que Diderot résumait ainsi : "Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire !"
    Voilà pourquoi on lira ici une réflexion critique : en effet, l'espérance de la "philo pour tous" menace sans cesse de nourrir le marketing démagogique du "développement personnel". Une réflexion politique attentive au genre, aussi, car bien que la pensée n'ait pas de sexe, le masculin l'emporte dans l'image commune que l'on se fait du "philosophe". Une réflexion pédagogique et paradoxale : si philosopher, c'est "penser par soi-même", ce geste autonome peut-il s'en remettre à une parole enseignante ? Une réflexion historique et culturelle, enfin, car il faut se demander ce qu'il en est de la philosophie ailleurs qu'en Occident. La pratique de la philosophie nous amène à nous défaire de nos certitudes et à nous bricoler une éthique en actes, qui nous permet de tenir bon, de nous tenir bien : apprendre à philosopher, c'est apprendre à être libre. Voilà une urgence collective et un impératif pour tous.

  • Pierre Birnbaum, le théoricien de l'État fort à la française dont il a dessiné l'idéal-type, universaliste et protecteur des minorités, est né en juillet 1940, à Lourdes, quelques jours après l'instauration du régime de Vichy, de parents juifs et étrangers, dans une famille persécutée puis traquée par " l'État français " et par l'Occupant. À l'âge de deux ans, il est confié à une famille de fermiers des Hautes-Pyrénées avec sa soeur à peine plus âgée. Enfant caché, il doit sa survie à des Justes alors que les hauts fonctionnaires du régime de Vichy collaborent à la chasse aux Juifs.
    Par un étrange déni, il ne s'était jusqu'ici jamais interrogé dans son travail sur cet " État français " qui a mobilisé tous les moyens pour les traquer, lui et sa famille. Il retrace, dans ce livre émouvant, les années de persécution de son enfance à partir d'archives
    saisissantes, tant locales que nationales, et se fait l'historien de sa propre histoire. Il pose surtout en des termes nouveaux, depuis le coeur de sa théorie, la question de la continuité entre la République et Vichy. L'État devenu " français " sous la houlette des droites extrêmes, est-ce encore l'État ?
    Cet ouvrage d'une force singulière ne manquera pas de susciter le débat sur un pan de notre histoire toujours disputé. Car, conclut Pierre Birnbaum, le fait que les hauts fonctionnaires passés au service de Vichy aient été si peu sanctionnés pour leurs responsabilités dans la persécution et la déportation des Juifs de France reste un héritage lourd à porter. Toutes les conséquences de la leçon de Vichy n'ont pas été tirées.
    Professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Pierre Birnbaum est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels : Les Fous de la République. Histoire politique des Juifs d'État, de Gambetta à Vichy (Fayard, 1992 ; Points Histoire, 1994), Léon Blum. Un portrait (Seuil, 2016 ; Points Histoire 2017) et Où va l'État ? (Seuil, 2018).

  • Il y a quelques années, un Forum Philo Le Monde/ Le Mans entièrement consacré au thème de la 'peur' aurait été impensable. Trop étroit, ou trop sombre. Pourtant, lorsque cette idée a été suggérée à l'automne 2016, la réaction a été unanime : ce qui aurait naguère suscité une réticence relevait maintenant de l'urgence. La peur s'imposait comme une évidence.
    Est-ce un effet des attentats djihadistes? Le résultat de la précarité sociale, des nouvelles tensions géopolitiques ou des multiples dérèglements climatiques? Quoi qu'il en soit, la peur est là, multiforme et solide. Plutôt que de l'écarter d'un revers de main en affirmant qu'elle est sans objet ou qu'elle relève d'une orchestration politique (le fameux 'gouvernement de la peur'), il convient de l'affronter. L'enjeu importe. En effet, si la crainte est classiquement envisagée comme le ressort du despotisme, la communauté de la peur ne saurait tenir lieu de communauté politique. D'où la nécessité de la surmonter, ou du moins de la déconstruire. Des philosophes, des historiens mais aussi des écrivains, un comédien, un cinéaste et même un artiste de cirque ont tenté de penser cet effroi collectif qui entrave le présent et menace d'annuler l'avenir. Voici le fruit de leurs réflexions.

  • " La plus personnelle des biographies de référence ", Robert Paxton
    Dans ce portrait passionné et souvent inattendu, Pierre Birnbaum redonne pleinement vie à Léon Blum : le dreyfusard, l'homme de Juin 36 et de ses immenses conquêtes sociales, mais aussi le jeune dandy aux goûts littéraires d'avant-garde, l'homme d'action doté d'un réel courage physique, l'avocat de l'émancipation sexuelle des femmes, l'amoureux aux multiples vies. Il relit aussi ses engagements à la lumière de l'histoire de ces Juifs d'État, " fous de la République ", auxquels il a consacré un livre qui a fait date. Figure accomplie de la citoyenneté républicaine, Blum ne renia jamais sa judéité.
    Une vision singulièrement renouvelée.
    Pierre Birnbaum, professeur émérite à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Les Fous de la République. Histoire politique des juifs d'Etats, de Gambetta à Vichy (Seuil, 1994), Le Moment antisémite. Un tour de la France en 1898 (Fayard, 1998), La République et le cochon (Seuil, 2013) et Les Désarrois d'un fou de l'Etat : entretiens avec Jean Baumgarten et Yves Déloye (Albin Michel, 2015).

  • Dans nos démocraties contemporaines, le pouvoir passe souvent pour être introuvable. Les gouvernants se voient régulièrement soupçonnés de n'être que les pantins des "vrais" puissants, les marionnettes de forces situées en dehors de tout contrôle populaire. En même temps, chacun a plus ou moins conscience que le propre de la démocratie, c'est de faire en sorte que le pouvoir soit partout et nulle part, qu'on ne puisse mettre la main dessus, qu'il n'appartienne à personne, et surtout pas à ceux qui l'exercent - bref qu'il soit un "lieu vide".
    Si le pouvoir est un lieu vide, il n'y a pas de conjonction possible entre le pouvoir, la loi et le savoir ; pas de monarque absolu, de Führer ni de Duce, moins encore de Secrétaire général omniscients. En sorte que la question du pouvoir donne lieu à un questionnement interminable, sur sa nature, sa source, son efficace.
    Parce qu'il n'est jamais là où l'on croit, le pouvoir déçoit forcément. Mais pour demeurer démocratique, il lui faut échapper à tous... Ce paradoxe concentre beaucoup des questions qui enflamment nos débats politiques les plus contemporains. Il nourrit les réflexions de cet ouvrage.

  • Le recrutement des nouvelles élites de l'État semble évoluer de manière accélérée. Les hauts fonctionnaires sont de plus en plus souvent passés par HEC ou l'ESSEC, avant ou après l'ENA. Certains d'entre eux quittent provisoirement le service de l'État pour rejoindre des grandes entreprises, des banques ou des cabinets de conseil, comme l'illustrent le parcours d'Emmanuel Macron lui-même et celui de plusieurs des membres de son cabinet. Les députés de la nouvelle Assemblée sont, eux aussi, en grand partie issus du monde de l'économie (plutôt qu'enseignants, journalistes ou avocats comme par le passé). Dès lors pèse le soupçon d'une collusion croissante entre ces diverses élites. Une " oligarchie " a-t-elle pris en main la direction de l'État, comme le soutiennent divers populismes ?
    Données quantitatives à l'appui, Pierre Birnbaum, sociologue et historien de l'État, propose une enquête d'une grande précision qui révèle une réelle transformation des élites du pouvoir dans les années 2000. Mais, loin des caricatures, il montre que l'État à la française acquis aux méthodes de gestion du privé n'en résiste pas moins, et que la majorité de ses serviteurs, grands ou petits, lui reste fidèle.
    Professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Pierre Birnbaum a publié au Seuil Les Sommets de l'État (1977), Les Fous de la République (1994), La République et le Cochon (2013) et Léon Blum, un portrait (2016).

  • Tout commence par un aphorisme de René Char extrait des Feuillets d'Hypnos : "Notre héritage n'est précédé d'aucun testament." Il ne constitue pas "une donnée" identifiable ou 'un donné' calculable, même s'il nous a bien été offert. Ce dont nous héritons n'est souvent ni nommable ni saisissable une fois pour toutes. Pourquoi cela ? Déjà parce que nous héritons de souvenirs autant que d'oublis. Souvent nous ne savons pas qui furent nos donateurs et comment se nomment nos trésors. Les contemporains n'ont pas conscience de la tradition dont ils pourraient, s'ils l'assumaient, se constituer en héritiers.
    L'aphorisme de René Char nous demande de repenser ensemble l'autrefois, le maintenant et l'après de toute transmission. Le passé refoulé finit toujours par faire retour à travers symptômes, crises ou séismes de notre présent. Comment donc se constitue une tradition lorsque son contenu, héritage du passé, nous vient de grands-parents trop mystérieux ou de trésors incompréhensibles qui se retrouvent, sans qu'on les ait choisis, entre nos mains, au fond de notre coeur ou juste sous nos pieds ?
    Après avoir reconnu et nommé notre héritage, voici donc qu'il nous
    échoit de le partager, de le transmettre. Mais de quelle façon penser un tel partage ?

  • Cette nouvelle édition considérablement augmentée et mise à jour du Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques couvre deux domaines distincts, la théorie politique (ses concepts, ses méthodes), et la pratique, inscrite dans les institutions politiques et dans l'exercice du pouvoir. 
    Ce dictionnaire traite en priorité de la France et des pays francophones, tout en s'efforçant d'élargir le champ de la comparaison à la dimension européenne et même mondiale. 
    Cette 8e édition s'enrichit de nouvelles entrées : Kleptocratie, Théorie Queer, Gentry, Organisations internationales, Empowerment...
     
     

  • À quoi sert de s'interroger sur la nature de la citoyenneté aux États-Unis et en France à partir de l'exemple des Juifs? À penser à nouveaux frais la question du rapport entre la religion et l'espace politique en Occident.
    La Révolution française, on le sait, prolongeant l'action de l'État fort, construit un espace public qui s'efforce de laminer toutes les formes d'appartenance identitaire en cantonnant celles-ci au seul espace privé. L'intégration des Juifs français leur permet l'accès aux sommets de l'État, selon une mobilité vers l'élite politico-administrative sans égale dans l'Histoire, mais suscite à leur encontre un antisémitisme politique neuf, de l'Affaire Dreyfus à Vichy.
    Les Juifs américains, on le découvrira dans cet ouvrage d'une richesse d'information peu commune, ne connaissent en rien ce brillant destin public : dans une société à État faible, leur émancipation formelle et la reconnaissnace de la pérennité de leur culture, conquises dès la Révolution, ne valent qu'à l'échelle de l'État fédéral. À partir des années trente, le New Deal et sa logique de nationalisation de la société font que désormais les lois fédérales s'appliquent au niveau des États : des Juifs rejoignent le pouvoir politique dénoncé dès lors comme un 'Jew Deal'. Plus tard, dans les années soixante, quelques juges juifs de la Cour suprême contribuent grandement à la sécularisation de la nation chrétienne, provoquant, comme en France, de vives réactions antisémites.
    L'exemple des Juifs permet donc de camper deux grands modèles de rapports du politique au religieux : l'émancipation à la française ouvre la porte de la citoyenneté dans l'espace public sécularisé en ignorant toute identité autre que nationale ; l'émancipation à l'américaine se révèle davantage propice à l'épanouissement des identités religieuses qu'à leur entière reconnaissance comme citoyenneté. Les promesses des 'deux maisons' sont distinctes et les désillusions dissemblables.

  • En cette fin de xviiie siècle, les Lumières à la française magnifient l'idée de régénération. En s'en emparant, l'utopie révolutionnaire a voulu rejeter les valeurs anachroniques du passé. Or, cette aspiration à l'invention d'un homme nouveau tourné vers la Raison trouve une de ses premières formulations dans le fameux Essai sur la régénération physique morale et politique des Juifs de l'abbé Grégoire, rédigé à l'occasion du concours de l'Académie de Metz, en 1787. Grégoire, favorable à l'émancipation des Juifs, soutient que celle-ci doit passer par l'oubli des rêveries talmudiques et des traditions qu'il juge burlesques. Au même moment, rien de tel n'est exigé des protestants par les philosophes qui défendent leur pleine entrée dans la cité ni des Noirs des colonies pour lesquels ils réclament la fin de l'esclavage.
    Ce concours marque donc un moment unique dans l'histoire de la France moderne. Pourtant, à l'exception du texte publié de l'abbé Grégoire, sans cesse lu et commenté, on ignorait presque toutdes manuscrits déposés par les autres candidats, et même de la première version de celui de Grégoire. Pierre Birnbaum a eu l'idée de les rechercher aux archives de Metz et de Nancy. Les voici enfin publiés dans leur intégralité.
    Leur mise au jour et leur comparaison systématique dans le présent ouvrage opèrent comme un révélateur : la question de l'entrée dans l'espace public des Juifs apparaît comme le symbole d'une difficile relation entre citoyenneté et pluralisme culturel, qui hante jusqu'à nos jours la société française.
    Professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Pierre Birnbaum est l'auteur de nombreux ouvrages dont, au Seuil : Les Fous de la République. Histoire politique des Juifs d'État, de Gambetta à Vichy (1994), La République et le Cochon (2013) et Léon Blum. Un portrait (2016).

  • Les importantes mobilisations catholiques des années récentes à l'encontre du mariage pour tous, de la procréation assistée ou de la question du genre propulsent soudain au premier plan de la société des enjeux culturels qui évoquent les conflits liés à la sécularisation mise en oeuvre par la Troisième République. La remise en question de la neutralité de l'espace public tout comme l'expression abusive de « communautés imaginées » de toutes sortes provoquent le renouveau d'affrontements culturels inédits propices à tous les dérapages.
    Lorsqu'en janvier 2014 éclate la manifestation « Jour de colère », comme autrefois mais dans un contexte de grande faiblesse de l'État, les citoyens juifs sont, à nouveau, souvent désignés comme responsables de la dénaturation de la société française. Les funestes « La France aux Français », les « Mort aux Juifs ! » accompagnés de slogans révisionnistes ou anti-israéliens se font entendre dans les rues de Paris. « Jour de colère » révèle une alliance incertaine qui se noue entre catholiques intransigeants, extrême droite nationaliste et certains jeunes issus fréquemment de l'immigration nord-africaine dans une commune détestation des Juifs considérés comme pervertisseurs de la nation et oppresseurs des peuples.Pierre Birnbaum est professeur émérite à l'université Paris I.

  • En septembre 1669, Raphaël Lévy se rend à Metz pour y acheter un shofar et du vin pour célébrer, le lendemain soir, le nouvel an juif. Ce même jour, à Glatigny, petit village situé sur la route qui mène de Boulay à Metz, Mangeotte Villemin s'aperçoit de la disparition de son fils, le petit Didier Le Moyne, âgé de trois ans. Un cavalier affirme avoir vu Raphaël Lévy portant un enfant sous son manteau. Tout s'éclaire : les Juifs ont enlevé un enfant chrétien pour célébrer leurs fêtes. L'accusation de meurtre rituel surgit ainsi en France, au moment même où s'achève la chasse aux sorcières.
    Dans une Lorraine des frontières, au statut politique incertain, traversée sans cesse par des guerres et des famines, le mythe réapparaît intact, alimenté par une Contre-Réforme militante. Au terme d'un long procès, dont les pièces sont pour la première fois ici
    présentées de manière exhaustive, durant lequel défile une pléiade d'habitants, on s'immerge dans une culture locale faite, en dépit
    de liens étroits de sociabilité, de préjugés et de fantasmes suscités par une population juive fidèle à ses rituels et à ses valeurs. Non seulement les Juifs sont supposés tuer de jeunes enfants pour s'emparer de leur sang, mais ils s'en prendraient également, le vendredi saint, au cours de cérémonies sataniques, à la sainte hostie.
    Raphaël est soumis aux tortures les plus effroyables avant d'être conduit au bûcher. L'Etat, qui protège fréquemment ses Juifs, intervient trop tardivement, Louis XIV parvenant seulement à faire libérer les autres Juifs emprisonnés. En ce Grand Siècle où s'affirment la raison et la science, un vent de folie s'est brutalement abattu sur Metz. Puis c'est un long silence : il faudra attendre l'affaire Dreyfus pour que l'affaire Raphaël Lévy resurgisse, avant de s'effacer à
    nouveau de la mémoire collective.
    Professeur émérite de science politique à Paris-I, membre de l'Institut universitaire de France, Pierre Birnbaum enseigne actuellement à New York. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parus chez Fayard, relatifs à l'Etat et aux Juifs en France depuis deux siècles (La République juive ; Les Fous de la République ; Le Moment antisémite ; L'Aigle et la Synagogue).

  • En transformant les Juifs en citoyens, la Révolution française bouleverse leur statut. La logique révolutionnaire, hostile par principe aux corps intermédiaires, incite les Juifs à renoncer à leur structure communautaire propre. L'intégration à la Nation est désormais leur but : c'est seulement dans la sphère privée qu'ils peuvent préserver leurs traditions et leur fidélité.
    Pierre Birnbaum ne se contente pas de retracer l'histoire des épousailles entre la France et ses Juifs, avec ses temps forts, ses moments de crise et ses grandes figures. Il développe une thèse originale : après avoir été longtemps l'agent de l'uniformisation républicaine et laïque, c'est aujourd'hui l'Etat qui incite les Juifs à se constituer en une communauté, largement « imaginaire ». Philosémitisme républicain et antisémitisme nationaliste se renforcent curieusement et « communautarisent par le haut » les Juifs français, tentés eux-mêmes de reconstituer, « par le bas », une communauté.
    Le chemin de la Révolution française à Carpentras symboliserait-il le passage imprévu de la citoyenneté à la communauté ?
    Pierre BIRNBAUM, professeur à l'université de Paris-I, membre de l'Institut universitaire de France, est l'un des meilleurs spécialistes des problèmes touchant à l'histoire des relations entre les Juifs et la République. Il a notamment publié L'Affaire Dreyfus, la République en péril (Gallimard), « La France aux Français » : histoire des haines nationalistes (Le Seuil), Les Fous de la République (Fayard), La Fin du Politique (Le Seuil).

  • L'antisémitisme en France est une tradition double.
    Il dénonce, comme dans les autres pays, l'argent, le nomadisme, les perversions sexuelles, le cosmopolitisme supposés des Juifs. Cet antisémitisme a trouvé son héraut en la personne d'Edouard Drumont, auteur de La France Juive (1886), qui eut jusque de nos jours d'innombrables émules.
    Mais la France est un pays d'Etat fort. La Révolution, par le même mouvement où elle fonda la toute puissance de l'Etat, émancipa les Juifs. La République ne voulait plus connaître que des citoyens, égaux devant la loi, dont la promotion serait l'oeuvre de leurs seuls mérites, mais qui devraient, en contrepartie, refouler hors de la spère publique, dans la stricte intimité de leurs convictions personnelles, leurs particularismes culturels, linguistiques, religieux. Nombre de Juifs, acceptant le cadre particulier du franco-judaïsme, bénéficièrent en retour de l'émancipation par l'Etat, par le haut fonctionnariat et le service public.
    L'antisémitisme traditionnel s'en prenait au Juif de Cour _ suspecté de fomenter en coulisse les plus noirs complots. Désormais, l'antisémitisme politique, appelant à rompre le pacte républicain et à abattre l'Etat lui-même, dénoncera le Juif d'Etat _ accusé de liquider les intérêts d'une vraie France éternelle.
    Au mythe de " la France juive " répond en d'autres milieux celui de " la République juive ".
    Telles sont quelques-unes des grandes analyses neuves que développe, dans une perspective politique, Pierre Birnbaum, à partir notamment d'un vaste matériau historique original.
    Pierre Birnbaum est professeur de Sciences politiques à l'Université Paris 1.

  • Priez pour le roi, l'empereur, l'Etat, c'est à chaque fois le bénir en espérant sa protection. C'est estimer que seule cette alliance peut protéger de la vindicte populaire qui verserait aisément dans l'antisémitisme. Contre les pogroms, les exactions constantes, bien des Juifs s'en remettent ainsi traditionnellement à l'alliance royale, en dépit de sa dimension mythique puisque le roi, l'empereur ou même l'Etat s'associent parfois, en réalité, aux menées antisémites.
    Dans ce livre, Pierre Birnbaum publie un grand nombre de ces prières inédites, de ces odes, de ces hymnes récités avec ferveur, de Louis XIV à nos jours. Les prières en faveur des Bourbons surprennent pas la passion qui s'en dégage de même que celles, innombrables, en faveur de Napoléon Bonaparte, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe ou de Napoléon III. L'avènement de la Révolution française, la révolution de 1848 et surtout, de la IIIe République remettent pourtant en question l'alliance royale : dorénavant, c'est pour la nation, le peuple et la république que l'on prie, en dépit, à nouveau, de bien des désillusions.
    Dans le difficile contexte contemporain où ressurgissent les menaces, nombre de Juifs s'engagent dans la recherche d'une alliance horizontale malaisée et cependant indispensable du fait du recul contemporain de l'Etat-Nation, à l'heure aussi de la construction européenne.

  • Daniel Birnbaum, biologiste moléculaire et directeur de recherche à l'Inserm relate, au travers de son parcours de médecin et chercheur, les faits marquants de la lutte contre le cancer. Il décrit la vie d'un laboratoire, l'avènement de l'oncologie moléculaire à l'hôpital et le développement de la médecine personnalisée. Il évoque les difficultés, les problèmes, les choix, les défis, mais aussi les accomplissements de cette discipline.

  • Quatorze courtes nouvelles de science-fiction. De vrais robots, des robots pré-humains, on ne sait pas trop, des clones d'un peu de tout ... C'est bien comme ça le futur, non ? Dans ces nouvelles, un peu de science (normal, l'auteur est un scientifique), un peu d'humour (là, il s'est surpris lui-même), un peu de réflexion (il ne peut pas s'en empêcher) et un peu d'action ... Une recette qui captive le lecteur et ne le lâche que pour la chute finale...

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