Coédition NENA/Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud

  • Un salon aménagé pour une surprise-partie de jeunes. Magnétophone : musique de smurf, break-dance, reggae... Ambiance très surchauffée. Boissons. Copains, copines. On danse. La piste se vide de temps en temps pour faire place au virtuose du smurf, Kouamé. Tout le monde l'admire, surtout les filles. Vanité : cigarette au bec, l'air d'un dur, d'un vrai. Il a une petite amie, nommée Flore, dans le groupe des filles ; celle-ci est visiblement heureuse d'être son élue. A leur façon, ils fêtent la Toussaint. Mais c'est des fêtards qui ont souvent quelque chose à fêter, une occasion de faire la foire. Ils se considèrent comme des « cabris morts qui n'ont plus peur du couteau », c'est-à-dire des élèves à qui les mauvaises notes importent peu. L'un d'eux parvient cependant à arrêter cette foire, étant donné l'heure tardive : 2 heures du matin.

  • Le deuxième ouvrage de Jean Métellus avec Jean-Jacques Dessalines omniprésent. Après L'année Dessalines , Jean Métellus nous fait découvrir ceux qui ont, dans la continuité du travail de Toussaint Louverture, libéré Haïti. Les personnalités des Généraux Dessalines, Christophe, Pétion, ainsi que celles de Leclerc, Andrieux et Rochambeau sont exposées. Outre l'aspect dramatique qui empoigne le lecteur, les tirades qui sont, en fait, plus des poèmes en disent long sur l'émotion et le caractère tragique des situations.

  • La femme et le colonel, première pièce publiée par Emmanuel Dongala, mais déjà représentée plusieurs fois en Europe et en Afrique, met face à face à l'improviste deux personnages qui se sont déjà rencontrés quelques années auparavant dans des circonstances tragiques : un bourreau et sa victime.

  • En se pliant avec virtuosité-aux lois de la pièce radiophonique, qui ne dispose que d'échanges verbaux et d'effets sonores pour transmettre ses messages, Wole Soyinka a introduit dans « Du Rouge de Cam sur les Feuilles », fougueuse tragédie du début de sa carrière, des conceptions qui allaient se retrouver dans toute son oeuvre. Construite sur le modèle d'un rituel initiatique, cette pièce met en scène un violent conflit de générations, dont l'issue, bien que fatale, marque pourtant, pour Isola, le héros, le passage de l'enfance à la maturité et de la sujétion à la libération. Le thème d'une quête d'identité était d'une grande actualité en 1960, date de composition de cette oeuvre, alors que, prêt à secouer le joug de la colonisation, le Nigéria allait fêter son Indépendance. Le destin problématique d'Isola, jeune homme à la recherche de soi, partagé entre la tradition et le modernisme, mais épris avant tout de liberté, préfigure celui de la nouvelle nation nigériane. ERINJOBI, le Pasteur, qui cherche dans les commandements bibliques la justification de son autorité patriarcale, persécute son fils au nom du christianisme, exactement comme, à l'aide de la Bible et de la Charrue, le colonisateur avait jadis imposé sa pesante domination au peuple nigérian. La révolte d'Isola contre ce père castrateur évoque précisément la lutte du Nigéria contre la domination coloniale à la fin de la décennie 1950. Par défi, le jeune homme, au fond de lui-même plus moderne que traditionaliste, participe aux mascarades traditionnelles d'Egungun, mais viole en même temps, avec un plaisir insolent, les tabous imposés aux fils de la tribu par les Anciens, et séduit, par amour il est vrai, la très innocente Morounké.

  • Les Bacchantes constitue, pour Soyinka, une pièce « clairement subversive », mais aussi une « célébration de la vie, sanglante et tumultueuse », de la mort, « de l'ordre et du chaos ». Ce « banquet prodigieux, barbare », cette manifestation clairvoyante du besoin universel de l'homme de se mesurer avec la « Nature », le grand dramaturge nigérian l'a conçu, dans son adaptation, comme une « fête communautaire », mêlant musique, danse et chant. Frappé par la ressemblance de Dionysos et d'Ogun, dieu yoruba des métaux, du vin, de la création et de la guerre, Wole Soyinka oppose au despotique Penthée (« Je veux de l'ordre »), les Bacchantes et le peuple de Thèbes, les esclaves et les paysans. Ainsi, la Ménade Agavé déchire de ses propres mains son fils Penthée. Sang versé sur la terre nourricière, qui se transforme, finalement, en vin... Ponctué de chants traditionnels de louange yorubas ainsi que d'extraits de son long poème Idanre, écrit lors d'une nuit de pèlerinage au sanctuaire d'Ogun, ce drame rituel, fort bien traduit par Etienne Galle, est un magnifique hommage à la tragédie grecque autant qu'un superbe exemple d'un dialogue des cultures, audacieux et réussi.

  • Comment « fait-on du théâtre » ? Quel est le cheminement qui conduit du texte initial à la représentation scénique, quels sont les différents et nombreux éléments - parfois imperceptibles pour le profane - indispensables à la réalisation de « l'illusion théâtrale » ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage répond de la façon la plus claire qui soit, avec un souci du détail auquel seront sensibles non seulement les professionnels du théâtre et ceux qui se destinent à ce métier mais aussi tout amateur de théâtre de qualité. Mikanza explore minutieusement la totalité théâtrale : de l'élaboration du texte à la direction des comédiens, de l'éclairage et des décors à la gestion de l'entreprise théâtrale. Oeuvre didactique, texte de référence et d'apprentissage pratique (complété par une centaine de photos, croquis et un glossaire), mais aussi réflexion théorique sur les moyens et les buts de cette forme privilégiée d'expression, « Je fais du théâtre » est un livre précis, rigoureux et enthousiaste, essentiel pour la compréhension et la pratique de cet art.

  • Où est-il cet homme-là ? Quelque part sur cette terre. Quelque part dans une prison. Il est nulle part et partout. Comme tant d'autres prisonniers. C'est une idée - un sentiment - dans quelques coeurs dans quelques têtes. Pour certains il existe depuis très longtemps. Pour d'autres depuis quelques heures. Pour certains autres il va naître bientôt et pour d'autres encore il ne naîtra jamais. Nombreux nombreuses celles et ceux qui ont vu un jour cette conscience noire, cet étrange soleil bouclé. Il y a comme ça un petit bonhomme habitant des millions de têtes comme un ludion espiègle comme une petite flamme pour les éclairer de l'intérieur. Celui qui éclaire c'est celui qui est dans le noir. Et ça les met en mouvement. Eh bien je peux annoncer que le monde est là Mandela dans chaque cour dans chaque tête...

  • Hier et maintenant (Before This Time, Yesterday), de Ba'bila Mutia, écrivain dramatique anglophone du Cameroun, marque un retour lucide aux épisodes les plus obscurs de l'histoire coloniale de son pays. Dans ce drame politico-domestique, qui touche une famille entière et qui, symboliquement, concerne aussi toute une nation, l'auteur fait le procès de la colonisation française tout en fustigeant avec virulence certains notables camerounais traîtres à la cause de l'indépendance. Les forfaits commis, hier, par le colonisateur et par ses complices, aujourd'hui par certaines des « élites » camerounaises au pouvoir, sont habilement évoqués à travers les séances d'hypnose et de psychanalyse, auxquelles se soumet, maintenant, le héros de la pièce. La confrontation du passé et du présent est destinée à provoquer chez les spectateurs une prise de conscience nécessaire, à exorciser les traumatismes hérités du passé et à purifier le présent en vue d'un avenir meilleur. Cet ouvrage a été prix de la meilleure oeuvre dramatique au Festival théâtral international de Yaoundé, en 1993.

  • Nous sommes au début des années 1500 à Hispaniola (actuellement Haïti). Après le génocide perpétré par les conquérants espagnols à l'encontre des Indiens autochtones et le repeuplement de l'île par l'arrivée d'esclaves noirs venus d'Afrique, les Indiens survivants se trouvent à la croisée des chemins: doivent-ils reprendre la lutte armée contre un occupant plus cruel que jamais, avec le renfort des esclaves noirs devenus leurs alliés naturels ? Doivent-ils au contraire pactiser avec un ennemi ébranlé par le courage, l'intelligence, la ténacité de la résistance qui lui est opposée ? C'est dans ce contexte historique que se situe le drame de Jean Métellus, dont le personnage central est le Cacique Henri. Ce chef indien, élevé et formé aux humanités par l'évêque Las Casas, tout en restant attaché aux traditions séculaires de son peuple, s'engage alors dans un implacable combat contre les Espagnols, en usant toutefois avec les vaincus d'une insolite générosité. Sa femme Adoracíon, avec qui il rêve de « réinventer la vie au coeur des montagnes », l'aidera à construire une sorte de cité idéale, d'où seront bannis les antagonismes raciaux et les inégalités sociales. Mais le rapport des forces est tel que l'heure du choix arrive inexorablement. Qui l'emportera, du Cacique, enclin, pour assurer la liberté des Indiens, à céder aux habiles avances des envoyés de Charles Quint, au prix du sacrifice de ses frères noirs, ou d'Adoracíon, déterminée, dont la féminité intransigeante a des accents étonnamment modernes? Après « Anacaona » où Jean Métellus faisait revivre le destin de la jeune reine, brûlée vive sur la croix par les successeurs de Colomb, cet « Henri le Cacique » nous plonge à nouveau au coeur de la réalité haïtienne dont la sorcière Amaranta prédit la douloureuse pérennité.

  • Le théâtre d'Eugène Dervain appelle à la réconciliation. Et le paradoxe n'est qu'apparent qui veut que ce théâtre de réconciliation soit aussi un théâtre de la révolte. Car la souffrance d'Eugène Dervain est le gâchis, l'innommable, le lamentable gâchis, que par impéritie, lâcheté, médiocrité, les hommes laissent s'installer dans leurs sociétés. Contre lui, Eugène Dervain s'insurge. Il veut croire à un meilleur destin, car le gâchis porte avec lui la guerre, l'injustice, l'oppression et toutes les discriminations sociales et raciales. La médiocrité n'est jamais tolérable, parce qu'elle fait plus de victimes encore que le mal. Courageusement, le théâtre d'Eugène Dervain veut à la fois constituer un patrimoine de fierté à l'Afrique, et dans le même acte l'appeler à se mettre énergiquement au travail, dans le combat pacifique pour l'unité, l'indépendance, la solidarité. Comme le recueil lyrique de son compatriote Bernard Dadié, l'oeuvre théâtrale d'Eugène Dervain pourrait s'intituler : « Afrique debout ».

  • Sylvain Ntari-Bemba, né le 17 février 1934 à Sibiti (République du Congo), est un romancier, dramaturge, essayiste, journaliste et musicien. Il commence sa carrière comme journaliste et participe à l'hebdomadaire La Semaine africaine, qui paraît à Brazzaville pendant une longue période. En 1963, il est lauréat du prix de la nouvelle littéraire pour La Chambre noire. À partir de 1969, il consacre une grande partie de son ouvre au théâtre. Musicologue de formation, il devient ministre de l'information et directeur des affaires culturelles et de la radio. Il est également l'auteur d'une étude : Cinquante ans de musique au Congo-Zaïre, publié en 1984. Il est décédé le 8 juillet 1995 au Val-de-Grâce en France.

  • Après La Nouvelle Légende de D'Chimbo, publié en 1996, Élie Stephenson renoue, entre histoire, légende et fiction, avec l'épopée des marrons au XVIIIe siècle. La geste du célèbre chef Boni qui amena ses hommes du Surinam en Guyane française, évoquée dans Boni Dora, reflète bien les dynamiques interculturelles, l'éternel dilemme entre résistance et assimilation et le questionnement identitaire passé et présent d'une grande partie de la population guyanaise. Proposant une relecture de l'histoire, l'auteur insiste ici sur la nécessité d'accéder à l'autonomie de pensée et d'être, sans laquelle il ne peut y avoir de vrai futur.

  • CHEZ TANTY est un tableau de genre qui sur un mode plaisant, met sous nos yeux une tranche de la vie d'un ouvrier maçon de Côte d'Ivoire, KONOGOLI. L'action se passe dans un « maquis », sorte de bar-restaurant, où pour quelques sous on peut boire, manger et même monter à l'étage en compagnie d'une jolie fille. C'est pour l'ouvrier, à la fois un refuge (tant qu'il a de l'argent, il y est à l'abri de tous ses problèmes sociaux, professionnels) et le lieu du cynisme absolu (quand la solde est dépensée il est jeté dehors sans aucun ménagement). Kitia TOURE a montré avec une vivacité truculente et une bonne humeur communicative, comment ce lieu de plaisir peut devenir l'épicentre de la vie sociale, familiale et même sentimentale de cet ouvrier. En filigrane à cette tranche de vie, apparaissent les problèmes de l'Afrique d'aujourd'hui omnipotence de l'argent, exploitation éhontée des démunis par les nantis, misère généralisée, prostitution juvénile, corruption de la police ; mais tout cela sur un mode badin, qui n'enlève rien à l'acuité de la critique.

  • « L'Ouverture » met en situation un Touassaint Louverturt méthodiquement rebelle l'eclavage. Il se métamorphose pour atteindre la vérité et la liberté. Sa vision du monde rappelle Socrate, Jésus, Martin Luther King, Gandhi,Mandela. Tout se passe à Ennery,lieu de retraite de Toussaint Louverture, lieu auasl de sa trahison. Ce drame / récit monologué s'inscrit tout droit dans l'esprit de ta commémoration du Bicentenaire da la mort de Toussaint Louverture, survenue le 7 avril 1803 dans le Jura. Ce texte, tltré L'Ouverture, se veut Intemporel.

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