Karthala

  • Libres après les abolitions ? La question peut surprendre. Les abolitions du XIXe siècle ont été toujours considérées comme une rupture majeure dans l'histoire des esclavages atlantiques. L'émergence contemporaine de revendications mémorielles, souvent impulsées par les descendants des populations autrefois esclavisées, suggère, au contraire, l'existence d'un passé « qui ne passe pas ». Au-delà d'une définition juridique, l'esclavage a signifié dominations, violences extrêmes et déconsidérations multiformes. Après les abolitions, des processus ethnoculturels de racialisation comme les structures de travail ont perduré, voire se sont renforcés, et ont été complétés par d'autres facteurs d'exclusion socio-économique.

    Cet ouvrage tente d'explorer les barrières dressées pour empêcher la totale émancipation des nouveaux libres et de leurs descendants, ainsi que les stratégies complexes d'adaptation que ces derniers ont mises en oeuvre pour obtenir, sinon une assimilation, du moins une intégration économique et possiblement citoyenne, à égalité. La dizaine de contributions réunies s'inscrit dans une perspective comparative et porte à la fois sur les Amériques et l'Afrique, de la fin du XVIIIe au début du XXIe siècle. Elles sont issues d'une réflexion qui a été menée dans le cadre du programme européen EURESCL-FP7 (Slave Trade, Slavery Abolitions and their Legacies in European Histories and Identities) coordonné par le Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages (CIRESC), laboratoire du CNRS. L'ouvrage fait suite à Sortir de l'esclavage. Europe du Sud et Amériques (XIVe-XIXe siècle), précédent volume de cette collection.

  • Des visages épuisés sur des canots en perdition. Des mains fébriles agrippant des gilets de sauvetage. Des corps lourds hissés sur des navires de secours. Nous sommes tous tombés un jour ou l'autre sur ces images de migrants repêchés à bout de force au coeur de la Méditerranée. Mais que savons-nous des circonstances qui les ont conduits à risquer leur vie en mer, des raisons de leurs départs, parfois des années plus tôt, et du déroulement de leur périple, entre mille difficultés ?

    Les naufragés réunit les témoignages de plusieurs dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants originaires d'Afrique de l'Ouest, arrivés en Europe après la chute de Mouammar Kadhafi en Libye. Des confessions qui racontent les espoirs et les rêves d'une jeune génération victime de la misère, de la mal-gouvernance et de traditions oppressantes. Des récits qui révèlent les terribles pièges du chemin, entre policiers véreux et passeurs sans scrupule, mais aussi l'exceptionnelle résilience de ceux qui les ont surmontés.

  • Des Etats Généraux de la maltraitance se sont tenus à Paris, en novembre 2005, à l'appel de l'Association française d'information et de recherche sur l'enfance maltraitée (AFIREM). Des professionnels de toutes les disciplines concernées se sont rencontrés pour échanger, débattre et faire le point sur les mauvais traitements à enfants, qu'ils soient physiques, psychologiques ou sexuels. Le souci éthique et la mise à distance de la fascination médiatique ont présidé aux travaux. Ces journées ont permis de faire un bilan sans complaisance des nombreuses avancées et des connaissances actuelles, mais aussi de prendre acte des impasses et des questions qui restent à résoudre. Parallèlement, il s'est avéré nécessaire d'interroger comme facteurs de risques éventuels l'évolution présente de la parentalité et un contexte sociétal en pleine mutation. Comment gérer au quotidien les complexités liées à la prise en charge de la maltraitance qui se heurtent inévitablement à de nombreux paradoxes Le temps imposé par les décideurs ne peut pas se superposer à celui des professionnels, ni au temps d'élaboration nécessaire des familles. Cet ouvrage reflète un foisonnement d'idées et de points de vue, parfois contradictoires, de la part de politiques et des professionnels. Il resitue les normes et les limites existantes entre les exigences du processus éducatif et les données de la maltraitance, entre les besoins affectifs des enfants et les allégations d'abus sexuels, entre la protection et la pénalisation...

  • Cet ouvrage, qui mêle portraits littéraires et portraits photographiques, retrace les trajectoires de vingt femmes d'origine africaine établies en Belgique. Celles-ci témoignent des difficultés partagées, mais surtout de leurs parcours de réussite et de reconnaissance sociale. Brillantes et engagées dans les milieux culturel, politique et associatif, elles apportent un autre regard sur les questions migratoires et la situation des femmes en particulier. Si les problèmes de racisme et de discriminations sont bien réels, si le chemin paraît encore long et tortueux, les luttes individuelles ou collectives finissent par payer. Sans angélisme, mais sans défaitisme non plus, le message que ces femmes adressent, notamment aux jeunes générations, est celui des possibles.
    Jacinthe Mazzocchetti est professeur à l'Université catholique de Louvain, anthropologue et membre du Laboratoire de recherche en anthropologie prospective (LAAP). Elle est également écrivain et membre de la Table d'écriture littéraire de Marche-en-Famenne. Parmi ses dernières publications, la direction de l'ouvrage Migrations subsahariennes et condition noire en Belgique (Academia, 2014) et le recueil de nouvelles La vie par effraction (Quadrature, 2014).
    Marie-Pierre Nyatanyi Biyiha est experte et responsable de l'asbl Djaili Mbock. Belge d'origine rwandaise, titulaire d'une licence en sciences politiques et relations internationales ainsi que d'une licence spéciale en droit international obtenues à l'Université libre de Bruxelles, elle est engagée dans la lutte pour les droits de la femme depuis sa jeunesse, avec une attention particulière portée à la femme migrante, à son processus d'intégration socioprofessionnelle et à son apport dans la société d'accueil.
    Véronique Vercheval a commencé sa carrière de photojournaliste pour le magazine Voyelles. Elle a mené des enquêtes de type documentaire et sociologique, notamment pour les projets des « Archives de Wallonie ». Elle a photographié les sidérurgistes, les verriers, les mineurs, les agriculteurs, les transporteurs routiers, les infirmières, les médecins ... On connaît également ses reportages en Palestine. Elle enseigne la photographie à l'Institut des Arts et Métiers de La Louvière.

  • Dernier grand conflit « classique » du XXe siècle, la guerre Iran-Irak (1980-1988) évoque pour les observateurs européens une guerre conventionnelle opposant deux États. Mais c'est aussi celle d'une fantasmagorie de l'islam combattant. Dès lors qu'en Iran une nouvelle catégorie de soldats, les volontaires islamistes, revendique sa vocation au martyre, cette guerre convoque un imaginaire de sacrifice porté par des représentations, notamment cinématographiques, où le martyre à la fois renforce et défie les logiques de mobilisation.
    Pour comprendre les enjeux historiques, politiques et idéologiques de cette guerre, mais aussi comment elle a été menée et vécue au quotidien par les combattants et les citoyens iraniens, Agnès Devictor analyse l'étonnante production de films de guerre tournés en Iran durant le conflit. Si une partie d'entre eux reste très influencée par le cinéma hollywoodien, en dépit de la Révolution de 1979 et de la condamnation de l'Amérique comme « Grand Satan », une autre cherche à élaborer un genre spécifique à l'Iran, en cohérence avec l'idéologie de la jeune République islamique et avec l'imaginaire shi'ite du martyre. Ainsi, des réalisateurs ont recours à de nouveaux codes narratifs et esthétiques pour raconter le conflit en se référant à la mythologie de la Bataille de Karbalâ, affrontant alors un des tabous les plus forts du cinéma de guerre : montrer la mort de ses propres forces combattantes durant un conflit. Et c'est au sein du cinéma documentaire, dans les films réalisés par les équipes de Mortezâ Âvini et suivant une ligne hautement idéologique, que des propositions très singulières ont lieu, porteuses d'une modernité cinématographique inattendue.
    Partant des films et s'appuyant sur un travail d'entretiens réalisé en Iran pendant près de dix ans avec ceux qui ont tourné, mis en scène ou produit ces films durant la guerre, cet ouvrage dévoile un pan inconnu du cinéma iranien, celui où créateurs d'images, combattants et martyrs partagèrent sur les champs de bataille le destin de l'Iran.

    Maître de conférences HDR à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Agnès Devictor est spécialiste du cinéma iranien. Après avoir publié Politique du cinéma iranien (CNRS Éditions, 2004), dirigé des ouvrages collectifs et publié de nombreux articles sur le sujet, elle travaille désormais davantage sur le matériel historique que représentent les films, et poursuit ses recherches en Iran et en Afghanistan.

  • La socio-anthropologie considère le "développement" comme une forme particulière de changement social, qu'un ensemble complexes d'intervenants (ONG, agences nationales ou internationales ..) cherche à impulser auprès de "groupes-cibles", eux-mêmes divers

  • Cet ouvrage porte sur l'état actuel de l'éducation dans certains pays ayant autrefois connu la Traite esclavagiste entre l'Afrique, les Amériques et l'Europe. Qu'en est-il aujourd'hui, bien après les abolitions et les décolonisations, de cette conscience que les peuples ont acquise d'eux-mêmes, et des changements de regards et de sociétés qu'ils en attendaient ?

    On doit constater que l'empreinte laissée par les anciens dominants reste durablement inscrite et conditionne encore nombre de préjugés tenaces, de falsifications ou de malentendus. Cela se lit dans les programmes scolaires, mais tout autant dans la vie quotidienne, dont les besoins ou les désirs sont « éduqués » par un ailleurs.

    L'originalité de cet ouvrage, grâce à la diversité de ses contributeurs, est d'exposer des champs très différents dans lesquels s'induisent encore insidieusement des formes de domination. La plupart des contributeurs - historiens, littéraires, anthropologues, juristes, sociologues, géographes - sont eux-mêmes des témoins directs de ce qu'ils analysent, étant souvent confrontés à ces savoirs et modes de vie qui prétendent façonner leurs identités.

    Toutefois, il existe aussi des formes de résistance culturelle efficaces qui constituent des alternatives aux situations actuelles, par la lecture d'une autre histoire, la réappropriation des langues coloniales par les peuples et les littératures, ainsi que par une reconnaissance juridique, bien que sans doute trop lente.

  • Depuis trente ans, l'Afrique de l'Ouest est le théâtre d'un renouveau islamique qui s'illustre par l'apparition de mouvements réformistes, d'ONG et d'associations se réclamant de l'islam. Le Burkina Faso ne fait pas exception à ce phénomène multiforme. En quelques décennies, le pays a vu émerger une panoplie de figures locales qui agissent au quotidien dans leur quartier sous la bannière de l'islam. Ce sont des marabouts, des militants d'association islamiques, mais aussi des jeunes ou des femmes qui autrefois n'avaient pas voix au chapitre. Ils diffusent leur conception du « vrai » islam et prennent position sur des enjeux sociétaux, comme les rapports homme/femme, la sexualité ou le mariage.
    Ce livre explore le phénomène de réislamisation en portant une attention particulière aux pratiques et aux discours de ces militants. Quel rôle jouent-ils dans la régulation de la vie quotidienne ou dans le contrôle de la sexualité des croyants ? Comment leurs valeurs s'articulent-elles avec les politiques publiques dites de promotion féminine sur le mariage forcé et l'excision ? Comment les femmes participent-elles à ces dynamiques ? Autant de questions traitées grâce à des enquêtes ethnographiques conduites dans différents milieux islamiques entre 2008 et 2015 au Burkina Faso et principalement à Ouagadougou.

  • être homosexuel au Maghreb

    Collectif

    • Karthala
    • 17 Octobre 2016

    Cet ouvrage vise à rendre compte d'une réalité longtemps occultée et déniée au Maghreb. Il questionne l'expérience homosexuelle sous l'angle des sciences sociales et tente d'éclairer les vécus des hommes et des femmes, des gays et des lesbiennes, aussi bien en terre d'islam qu'en terre d'immigration. À partir d'analyses théoriques et de nombreux témoignages, l'homosexualité au Maghreb se dévoile et, à travers elle, se décèlent les mécanismes de contrôle social des sexualités, la construction de l'hétérosexualité comme modèle hégémonique et la dévalorisation des sexualités différentes. Le livre décrit des trajectoires et des styles de vie, des stratégies de contournement de la norme et de maîtrise du stigmate, des formes de mobilisation et d'engagement militants. Il révèle que l'homosexualité est plus qu'une pratique sexuelle dite atypique, vouée à la dissimulation et l'invisibilité. Au-delà de la réalité homosexuelle approchée en Tunisie, en Algérie et au Maroc, l'ouvrage éclaire les modes de gestion sociale de l'altérité dans des contextes sociopolitiques en mutation.

  • Enfants des rues d'Afrique centrale

    Wip

    • Karthala
    • 10 Janvier 2004

    Apparu au grand jour en Afrique au début des années 1980, le phénomène des enfants de la rue est devenu mondial :il concerne actuellement la plupart des grandes métropoles, au Nord comme au Sud. En Afrique centrale, il est particulièrement sensible à Douala et à Kinshasa : les enfants de la rue s'y comptent en effet par milliers.Qui sont ces enfants ? Pourquoi ont-ils élu domicile dans la rue ? Cet ouvrage tente de répondre à ces deux questions et à bien d'autres en mêlant à la fois analyses et observations de terrain, témoignages d'enfants et d'adultes, tout en faisant la synthèse des principales recherches menées sur le sujet depuis dix ans.

  • « Pendant l'année qui suivit l'explosion de Soweto, en 1976, je tournais dans Johannesburg et dans d'autres villes, occupé à observer toute forme de spectacle ou de concert, de réjouissance familiale ou communautaire, et à y participer ; j'assistais à des répétitions, à des séances d'enregistrement, je voyais des pièces, j'allais dans les clubs et au concert, j'interrogeais des membres actuels du monde du spectacle, et des anciens membres, je dépouillais des archives en quatre langues avec l'aide de mes camarades de recherche : j'essayais de replacer la culture du spectacle noir contemporain dans le cadre des processus historiques et des forces sociales qui l'avaient forgée. »
    Du XIXe siècle à nos jours, cette fresque de la musique noire sud-africaine est vaste et passionnante. Y trouveront leur compte, spécialistes et amoureux de la musique, comme tous ceux qui ont soutenu la lutte contre l'apartheid et continuent à en suivre l'évolution.

  • Depuis le soulèvement populaire de 2011 en Égypte, la problématique du genre a émergé sous différentes formes dans le cadre des mouvements protestataires - révolutionnaires, réactionnaires - et, plus largement, en lien avec les transformations sociales accompagnant ces vagues de mobilisation.
    Alors que les relations entre les citoyens et les autorités étatiques ont été contestées, modifiées, puis repoussées dans une direction réactionnaire, comment les relations de genre ont-elles été mises en cause depuis 2011? Quels nouveaux imaginaires, nouveaux rôles et nouvelles identités ont été revendiqués? Et quelles mobilisations se sont construites face à la multiplication des violences sexistes dans l'espace public?
    Des chercheuses, des expertes, des activistes proposent ici un éventail de regards scientifiques et analytiques sur ces luttes et ces mutations, sur l'expérience gagnée et le terrain perdu. À partir d'enquêtes de terrain approfondies, elles présentent des témoignages militants sur ces objets de recherche sensibles et parfois éphémères.

  • Les expulsions massives de sans-papiers montrent le principe de commandement - l'art d'ordonner et de se faire obéir - à l'épreuve du faible et de l'Autre. En même temps, elles sont un moment de l'histoire des démocraties libérales qui invite à repenser la sociologie historique du gouvernement autoritaire de l'immigration clandestine au sein de l'Union européenne (UE).
    Cet essai est une analyse radicale de la construction de l'État, cette réalité politique qui s'est au cours du temps imposée à l'ensemble des sociétés modernes. De la subjectivation de ce dispositif de contrôle de la société ont émergé des figures spécifiques d'étirement et de rétrécissement, d'expansion coloniale et de nationalismes xénophobes. Des études de cas (Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni) montrent dans ce livre que l'évolution en crise du pouvoir territorialisé a partout conduit au retrait de la politique. Si bien que ce qui sature désormais la scène de la gestion de l'immigration « irrégulière », c'est une dangereuse montée en charge des populismes et du commandement autoritaire qui, pour imposer le panoptikon national, s'appuie presque exclusivement sur des archipels techno-bureaucratiques qui quadrillent l'administration européenne.
    Cet ouvrage repense l'hospitalité inconditionnelle et les conditions nécessaires pour le maintien en démocratie des États européens qui font face aux nouvelles migrations.

  • En quatre décennies, les jeux vidéo sont devenus une des premières industries culturelles mondiales. La révolution numérique et la connexion des jeux ont accéléré leur diffusion et leur impact culturel. Véritables mondes virtuels, ces jeux sont habités par des avatars mus par des joueurs intensifs. Cette dynamique d'intégration croissante et forte du numérique au coeur du social interroge nos humanités en devenir. On assiste, selon certains, a` la montée en puissance « d'accros de masse » aux nouvelles technologies, voire à ces mondes d'un nouveau continent, le continent virtuel. Cette dépendance est celle aux GSM, toujours a` proximité de nous et sans lesquels nous ne pouvons plus vivre, ou à travers le nombre d'heures incommensurable passées à jouer en ligne.
    /> Alors que signifie cette pratique intensive ou excessive du digital en ce compris des jeux vidéo ? Est-ce une mutation d'une humanité connectée et réticulaire ? Est-ce un nouvel opium de peuple qui permettrait de vivre dans monde injuste et atone ? Ce livre tente de donner des réponses à ces questions en analysant l'émergence des pratiques numériques et celle des imaginaires sous-jacents.

  • Si les biopolitiques consistent à faire entrer la vie humaine en politique, en classant et en hiérarchisant les populations, en agissant sur les formes de reproduction, c'est bien sur les corps qu'elles s'exercent, et en particulier les corps des femmes. Selon les époques et les lieux, le biopouvoir s'est pratiqué sous les formes étatiques, religieuses ou privées. Dans le cadre des empires coloniaux en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique, la mondialisation des biopolitiques a donné à l'appropriation et au contrôle des femmes une autre dimension. Les études de cas qui composent cet ouvrage tentent de l'éclairer. Le contrôle du corps féminin s'est mondialisé avec l'accaparement des terres et des corps chez les peuples conquis des Amériques. L'accès immédiat au plaisir sexuel devint l'une des motivations premières de la prise de possession. Mais cette quasi-mise en esclavage avait pour objectif à plus long terme de capter la force de travail des vaincus et leurs capacités reproductives, afin d'assurer l'existence d'une main-d'oeuvre nécessaire et d'accroître les profits qu'il en était tiré, entraînant des conflits d'intérêts entre dominants et dominés. Cet ouvrage met en évidence divers fonctionnements de ce biopouvoir (administration coloniale, Églises, philanthropes, tenancières de maison close) et de leurs effets sociaux. Face à l'oppression, les femmes ont néanmoins disposé de moyens de résistance : esclaves restant obstinément stériles ou supprimant leur enfant, prostituées essayant de s'enfuir des bordels, mères congolaises boudant les visites médicales pour nourrissons... Si elles n'ont pas changé la structure des rapports de genre, de classe ou de « race », ces résistances individuelles ont laissé entrevoir une conscience qui ne manquera pas, par la suite, d'en modifier la forme. Martine Spensky est professeure émérite à l'Université Blaise Pascal de Clermont- Ferrand. Ont également contribué à cet ouvrage : Paola Domingo, Arlette Gautier, Claude Grimmer, Amandine Lauro, Valérie Piette, David Richardson, Judith Spicksley, Christelle Taraud, Violaine Tisseau.

  • Cet ouvrage se concentre sur une période charnière de l'histoire urbaine de Beyrouth, le mandat français au Liban. Il met en lumière la question du transfert des savoirs et des savoir-faire en urbanisme dans la première moitié du XXe siècle. S'inscrivant dans la continuité des Ottomans, qui avaient déjà eu pour dessein de moderniser la ville, le mandat français prit un processus de modernisation en cours et avança de grands projets pour Beyrouth, siège du haut-commissariat et vitrine de la présence française. L'accent est porté sur les outils mis en place et les réformes structurelles engagées durant le mandat, qui donnèrent à la ville de Beyrouth les moyens de sa transformation. Ce dispositif comprend à la fois la réglementation et l'émergence de nouveaux acteurs urbains et institutionnels.
    Avec le mandat français au Levant, l'urbanisme de plan s'installe comme mode d'appréhension de la ville. Cet ouvrage met en évidence comment l'urbanisme français de l'entre-deux-guerres s'est exporté vers Beyrouth, comment de nouveaux canons d'esthétique urbaine s'y sont imposés. Les projets d'aménagement de Beyrouth conçus par le cabinet Danger puis par l'architecte Michel Écochard sont représentatifs de deux grands courants de l'urbanisme qui ont marqué les villes durant cette période. Le premier mit en oeuvre un urbanisme fondé sur l'art urbain et une pensée hygiéniste, tandis que le second introduisit, de façon avant-gardiste, les grands principes de l'urbanisme du mouvement moderne. L'analyse de ces deux plans d'aménagement de Beyrouth permet de dégager l'outillage conceptuel véhiculé, les interactions avec le terrain et les dynamiques engendrées.
    Le pouvoir mandataire manqua certes de moyens et de détermination pour envisager une politique urbaine ambitieuse à l'échelle de la ville. Pourtant, en deux décennies de mandat, le mode de production de l'espace urbain fut bouleversé. Les bases étaient jetées pour que Beyrouth devienne quelques années plus tard une capitale qui se vante de son architecture internationale, mais dans laquelle des modes séculaires d'appréhension de l'espace urbain ont survécu aux turbulences du siècle.

  • Rien de tel que le scalpel de l'observation ethnographique pour renouveler les questions parfois les plus rebattues comme celles soulevées par la relation des Kanak à l'enseignement venu de France. Le regard rapproché de Pierre Clanché nous y engage en restituant des faits, sans concession aux idéologies auxquelles ce sujet ouvre en général des boulevards de bons (ou de mauvais) sentiments.
    Pierre Clanché a partagé par intermittence mais dans la longue durée (entre 1994 et 2007) le quotidien d'un couple d'instituteurs kanak, de leurs enfants et aussi d'une partie de leurs élèves. L'enjeu scientifique de cette démarche est de comparer les modes de transmission habituels au sein de l'espace social kanak avec ceux mis en oeuvre dans leurs classes (de la maternelle au CM2) par des enseignants kanak. Ces derniers se doivent en effet d'inculquer le programme scolaire français à des enfants majoritairement originaires du même village et parlant la même langue océanienne qu'eux (le paicî).
    En se tenant concrètement à la croisée de deux exigences, celle des savoirs et savoir-faire qui façonnent les hommes et les femmes kanak dans leur espace de résidence et celle qu'impose l'Éducation nationale française depuis Jules Ferry, Pierre Clanché nous plonge dans une réalité sociale, éducative et politique déconcertante, parfois sidérante même, en tout cas méconnue des spécialistes des problèmes de l'enseignement en Nouvelle-Calédonie.

  • Les temporalités constituent une entrée courante de l'approche des migrations internationales, tout en n'en demeurant bien souvent qu'une dimension implicite, voire impensée. Dans leur pluralité, les rythmes temporels scandent pourtant les transformations sociales à des échelles variables, et les historiens ne sont pas les seuls à pouvoir les intégrer à leur réflexion. À bien des égards, sociologues, géographes, anthropologues, et plus généralement l'ensemble des chercheurs en sciences sociales, incluent les temporalités dans leurs analyses des migrations et de leurs territoires. Pour en rendre compte, cet ouvrage propose d'observer des trajectoires collectives ou individuelles de migrants en Méditerranée, à différentes époques, en soulignant les jeux de temporalités dans lesquelles elles se déploient : celles des projets, de leur mise en oeuvre, des voyages et des traversées, des installations, des nostalgies et des retours réels ou fantasmés, des circulations et des visites familiales...

  • Les commémorations de la Première Guerre mondiale ont réveillé l'intérêt pour des pans négligés de l'histoire du XXe siècle. C'est ainsi que l'Allemagne missionnaire entre 1914 et 1939 a été redécouverte, comme cet ouvrage en témoigne. L'empire colonial allemand détruit, les missionnaires allemands qui y étaient installés durent céder la place à d'autres. Globalement, les deux tiers du personnel furent «éloignés». Mais l'effondrement des missions allemandes facilita l'émergence d'Églises autochtones enracinées dans leurs terroirs et leurs cultures. Ces communautés locales gardent non seulement le souvenir mais encore les héritages matériels et spirituels des missions allemandes. En passant par de profondes réorganisations, les relations internationales entre Églises du Sud et Églises allemandes se sont maintenues.
    Quelques exemples sont étudiés ici par des universitaires du Togo, du Cameroun et du Congo. Des chercheurs européens apportent un complément pour le Rwanda-Burundi, l'Afrique de l'Est, la Papouasie Nouvelle-Guinée, la Chine ainsi que l'Australie. Un épilogue synthétique démontre la résilience des missions et des sciences missionnaires allemandes.

  • Les textes de cet ouvrage interrogent la problématique de la migration au Maghreb et dans certains pays européens en mettant en exergue les expériences de vie et les rapports dialectiques entre les pouvoirs et les sociétés des pays de départ, de transit et d'arrivée. Les auteurs ont développé des réflexions conceptuelles et exploité des corpus variés, présentant ainsi des exercices méthodologiques diversifiés, résultat d'une approche pluridisciplinaire.
    Qu'elle soit individuelle ou collective, la migration est soumise à des formes d'encadrement et de régulation. Le contact avec l'Autre en contexte migratoire favorise la dynamique d'interculturalité et incite les individus à questionner leur identité et à la recomposer. L'attachement à la culture d'origine, l'intégration et l'assimilation sont les principaux vecteurs d'une réflexion qui implique aussi bien les indigènes que les allogènes. C'est dans ce cheminement d'idées que les questions inhérentes au vivre ensemble, à la dignité, aux valeurs démocratiques et à la solidarité humaine ont été soulevées.
    Trois axes principaux structurent le présent ouvrage : contrôle des flux, accueil et surveillance des migrants ; quête identitaire, sociabilité et transferts culturels ; représentation de l'Autre et de soi.
    Riadh Ben Khalifa est maître-assistant en histoire contemporaine à l'Université de Tunis. Ses travaux portent principalement sur la migration méditerranéenne. Il consacre également une part de ses recherches à la diplomatie tunisienne et à la décolonisation. En plus de nombreux articles scientifiques, il a publié un ouvrage intitulé : Délinquance en temps de crise dans les Alpes-Maritimes : 1938-1944 (Chez Honoré Champion en 2015) et les Actes du colloque : Le vivre ensemble en Libye et dans d'autres espaces géographiques (Publications de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis-2016) [en arabe].
    Ont contribué à cet ouvrage : Beya Abidi, Olfa Ben Achour, Riadh Ben Khalifa, Ali Bensaâd, Anne Dulphy, Nisrine Eba Nguema, Sonia Gsir, Smail Kouttroub, Stéphane Kronenberger, Abdelkrim Mejri, Elsa Mescoli, Mustapha Nasraoui, Ralph Schor, Daniela Trucco et Nadhem Yousfi.

  • La maltraitance et l'infanticide des jeunes enfants n'ont cessé d'interroger l'humanité. Toutes les époques ont apporté des réponses, tant sur l'origine que sur le mode de traitement. Aujourd'hui ce phénomène touche tous les milieux sociaux, devenant ainsi un véritable problème de santé publique en France.
    Cet ouvrage restitue les travaux de praticiens psychologues thérapeutes, de psychanalystes, d'éducateurs anthropologues et d'enseignants-chercheurs, autour de la question du sens du passage à l'acte du parent maltraitant comme un acte manqué qui s'adresse à un autre (Autre/Loi sociale), pour être entendu comme une expression d'un fantasme d'infanticide actif qu'il agit sur son enfant à travers la maltraitance.
    Liés par ce fantasme, l'enfant maltraité et son parent maltraitant doivent être pris en charge dans leur souffrance, afin que soient dissociées les deux histoires et restaurée la différence des générations se trouvant entravée par un télescopage des deux temps, le passé et le présent. Dans la mesure où l'inconscient ignore le temps, cette confusion peut s'affirmer comme une vérité pour le parent, provoquant la répétition et entraînant l'enfant à réagir, ultérieurement, de façon identique.
    Cet ouvrage ouvre la perspective d'une profonde réflexion sur les dispositifs d'accompagnement des enfants maltraités et de leurs parents dans le domaine de la protection de l'enfance, ainsi que sur une politique de prévention à travers la formation des professionnels et la sensibilisation des parents.

  • Pourquoi une famille aussi fluctuante, pour ne pas dire évanescente, voire même insaisissable, que la famille capverdienne pourrait-elle être considérée comme particulièrement bien adaptée aux conditions de ce début de vingt et unième siècle ? Bien avant l'apparition d'Internet, depuis près de cent cinquante ans, confrontée à la migration, cette société insulaire a su apprivoiser la distance qui sépare durablement les membres d'une famille. Animés d'une énergie contagieuse, ils inventeront progressivement la « famille à distance ». Étrange famille où le mariage semble avoir disparu, où les femmes élèvent seules leurs enfants, où des couples vivent longuement séparés et où des enfants sont confiés à des nourrices ! Pourtant un enjeu majeur relie les membres de ces familles : celui de se transmettre le « capital migratoire » considéré comme un bien précieux. À de rares occasions, vacances, mariages ou funérailles, les membres dispersés de la « famille à distance » se rassemblent. Vécus intensément, ces moments éphémères suscitent les échanges. La famille refait corps : elle se réajuste et transmet des histoires. Les selfies se chargeront ensuite d'en prolonger la mémoire.
    Treize ans et vingt-sept voyages au Cap-Vert et dans la région de Boston aux États-Unis où résident deux cent soixante mille Américains capverdiens furent nécessaires pour reconstituer l'histoire de ces « familles à distance » sur plusieurs générations. Amours pragmatiques résulte d'une expérience humaine acquise d'une vie partagée avec ces familles. Par des récits détaillés, étayés et parfois poignants, l'auteur invite le lecteur à comprendre les fondements de la société capverdienne et au-delà, il l'introduit à des manières contemporaines de vivre la famille.
    En filigrane, et en dialogue avec l'anthropologie de la parenté, l'ouvrage interroge à nouveau frais l'énigme que constitue la famille matrifocale. La société capverdienne est alors décrite comme le fruit d'une histoire qui a institué une société à « alliances confinées et à visites ».

  • Boire de l'alcool, avoir des relations sexuelles extra-conjugales, fumer du Kif, mettre en scène son corps dansant, se prostituer, écrire ou chanter des textes contraires aux pratiques, avoir des relations homosexuelles...la question de la transgression est très présente dans les sociétés musulmanes d'Afrique du Nord, et interroge leurs rapports aux pouvoirs religieux et politique.
    Cet ouvrage s'intéresse non pas à la façon dont ces derniers façonnent les sociétés, mais à la manière dont une partie du corps social s'arrange avec le Coran et le système politique. Il décrit comment certains groupes se constituent contre les autorités religieuses et/ou politiques, sans néanmoins les affronter directement, sans les remettre en question, ni rendre publique leurs comportements et leurs actions.
    Il permet ainsi de mettre en lumière l'indicible et de présenter ces sociétés sous un jour nouveau, en décrivant les mécanismes de prises de distance par rapport aux normes et de construction d'univers sociaux originaux, grâce à la mise en place de stratégies et de modes d'actions partagés, telles que la non monstration des actes transgressifs ou l'utilisation d'espaces spécifiques.
    Cet ouvrage vise donc à aborder la dynamique des sociétés musulmanes d'Afrique du Nord en privilégiant leurs dysfonctionnements pour mieux comprendre leur fonctionnement. Il permet de remettre en cause l'image de sociétés « soumises », véhiculée par le sens commun et par certains médias occidentaux.

  • Durant la première décennie du XXe siècle, l'Église catholique a été secouée par une des crises majeures de son histoire, la « crise moderniste », née de l'attitude intransigeante adoptée par Rome, après la Révolution française, vis-à-vis de la modernité culturelle et politique. Durant les dernières années du XIX siècle, principalement en France, des laïcs et des prêtres, inquiets de l'écart grandissant entre les positions traditionnelles de la théologie et les avancées des différentes sciences, ont tenté de faire admettre par le magistère romain l'urgence d'une réforme afin d'assurer l'avenir de l'Église en modifiant son regard sur le monde moderne.
    Un évêque, Mgr Mignot, fut l'un des plus actifs, parmi les clercs, à tenter de faire comprendre au Saint-Siège qu'il fallait laisser le champ libre à la recherche et prendre en compte l'évolution des mentalités. Un autre prêtre, l'abbé Lucien Lacroix, fonda la Revue du clergé français pour mettre au service du clergé un outil d'information et de formation adapté à un apostolat en phase avec les aspirations du monde moderne. À Lyon, un groupe de catholiques libéraux et progressistes soutint l'hebdomadaire Demain fondé par un laïc, Pierre Jay, pour faire évoluer les mentalités catholiques hors du modèle intransigeant.
    Ces efforts furent condamnés par Pie X en septembre 1907, dans l'encyclique Pascendi dominici gregis, comme étant le « carrefour de toutes les hérésies ». Il s'ensuivit un climat délétère dans l'Église avec son lot de sanctions, de dénonciations. Surtout le soupçon de modernisme a pesé tout au long du XXe siècle sur toute initiative intellectuelle originale.
    Reprenant 13 articles parus dans différentes publications, ce livre offre un panorama original sur ce moment crucial de l'histoire récente de l'Église.

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