Gallimard

  • « Voilà donc une ambition véritable, celle de traquer le vrai, et de participer à le rendre visible, lisible. » Christian Thorel

    « Le seul conseil qu'une personne puisse donner à une autre à propos de la lecture c'est de ne demander aucun conseil, de suivre son propre instinct, d'user de sa propre raison, d'en arriver à ses propres conclusions. » (Virginia Woolf. « L'Art du roman ») Rien, dans aucune librairie, ne saura jamais s'opposer à la liberté de choix laissée à chacune et chacun. À quoi bon des librairies, direz-vous ? Les librairies sont les lieux privilégiés et ordonnés de la présence des livres, celle de leur matérialité et de leur lumière, sans lesquelles aucune décision n'est permise. La possibilité d'évoluer parmi eux associe au silence nécessaire des livres la parole de ceux qui en sont au quotidien les jardiniers. Appelons les libraires.

  • «Ce n'est pas trahir ses convictions humanistes que de faire le départ entre le réel et l'utopie ; ce n'est pas renoncer à ses idéaux que de prendre en compte ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.»
    Didier Leschi

    Il n'est pas de jour qu'un sinistre événement, une image bouleversante, une crise internationale ne nous le rappelle : la question du sort réservé aux migrants est cruciale. Il y a ceux pour qui la France devient une passoire exposée à l'invasion d'étrangers indésirables et qui veulent «suspendre l'immigration» ; et il y a ceux, moins nombreux, pour qui notre pays devient, comme l'Europe elle-même, une «forteresse», manquant à tout devoir d'humanité. C'est à ces deux tendances opposées que s'adresse tour à tour la présente mise au point de Didier Leschi, directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en plaçant chacun devant la réalité des faits et des pratiques - sans pour autant mettre au même plan ce qui relève de la démagogie, et parfois de la haine de l'autre, et ce qui témoigne, à la manière du «Fratelli tutti» du pape François, d'une noblesse d'âme et d'un haut sentiment de la fraternité humaine.

  • "La guerre", nous dit-on. Et d'autres : "Rien à voir".
    L'historien qui songe aux deux conflits mondiaux du XXe siècle débusque, dans la crise sanitaire que nous affrontons, bien des concordances qui stimulent la réflexion, dans l'immédiat des angoisses. Sur l'irruption de l'imprévu bousculant les tranquillités paresseuses. Sur les désarrois et les courages. Sur les égoïsmes et les générosités. Sur les solidarités spontanées et les inégalités ravageuses. Sur la concurrence, sans relâche, des rumeurs et de la vérité. Sur les dévergondages du toutau-marché et le surplomb salvateur de l'État. Sur les libertés menacées et le provisoire des exceptions à consentir. Sur l'efficacité, en définitive, de la démocratie contre les assauts que lui livrent sans relâche, au centre du maelstrm, les passions totalitaires. Le message peut être civique, en somme.

  • - Je m'appelle Frank T... et je suis un alcoolique.
    - Je m'appelle Elizabeth F... et je suis une alcoolique.
    Selon la condition sociale, le vêtement était luxueux, ou pauvre. Selon le degré d'éducation, variaient les manières et les voix. Mais l'origine, la culture, le costume, la fortune des hommes et des femmes qui parlaient ainsi et des hommes et des femmes à qui s'adressaient leurs propos n'avaient aucune importance. Ils étaient tous unis par un lien commun, plus fort que celui d'un milieu, d'une race, d'une famille, ou même d'un amour. Blancs ou Noirs, opulents ou misérables, illettrés ou savants, ils étaient solidaires, ils étaient frères à jamais, parce qu'ils avaient subi le même mal dévorant et qu'ils avaient laissé aux griffes du monstre leur chair et leur âme.

    Ce célèbre reportage contribua à l'installation en France des Alcooliques Anonymes. Il conserve toute son actualité.

  • Occupy Wall Street, Indignés, Nuit Debout - plus que jamais la question est posée de définir la vie que nous souhaitons choisir et vivre.

    Une vie vécue est inséparable de ses formes, de ses modalités, de ses régimes, de ses gestes, de ses façons, de ses allures... qui sont déjà des idées. Le monde, tel que nous le partageons et lui donnons sens, ne se découpe pas seulement en individus, en classes ou en groupes, mais aussi en "styles", qui sont autant de phrasés du vivre, animé de formes attirantes ou repoussantes, habitables ou inhabitables, c'est-à-dire de formes qualifiées : des formes qui comptent, investies de valeurs et de raisons d'y tenir, de s'y tenir, et aussi bien de les combattre.

    C'est sur ce plan des formes de la vie que se formulent aujourd'hui beaucoup de nos attentes, de nos revendications, et surtout de nos jugements. C'est toujours d'elles que l'on débat, et avec elles ce sont des idées complètes du vivre que l'on défend ou que l'on accuse. Une forme de vie ne s'éprouve que sous l'espèce de l'engagement, là où toute existence, personnelle ou collective, risque son idée. Vouloir défendre sa forme de vie, sans tapage, en la vivant, mais aussi savoir en douter et en exiger de tout autres, voilà à quoi l'histoire la plus contemporaine redonne de la gravité.

    Bien au-delà du champ de l'art, Marielle Macé propose la construction critique d'une véritable stylistique de l'existence. Cela suppose de s'intéresser sans préjugé à tout ce qu'engagent les variations formelles de la vie sur elle-même - styles, manières, façons - et de ne pas traiter forcément de vies éclatantes, triomphantes, d'apparences prisées ou de corps élégants. Ce n'est pas seulement la littérature mais bien toutes les sciences humaines qui, pour comprendre le monde immédiat, sous nos yeux, doivent s'y rendre vraiment attentives.

  • L'institution de l'esclavage est une reprise complétée et actualisée d'un ouvrage qu'Alain Testart, décédé en 2013, avait publié sous le titre L'esclave, la dette et le pouvoir, en 2001, aux Éditions Errance.
    La définition de l'esclave a toujours été incertaine et le statut de ce que l'on met sous ce nom a beaucoup changé selon les temps et les lieux. Mais il reste toujours un exclu : exclu de la cité dans les sociétés antiques, exclu de la parenté dans les sociétés lignagères, exclu en tant que sujet dans les sociétés monarchiques. C'est l'exclusion d'une des relations sociales tenues pour fondamentales par la société qui distingue l'esclave des autres formes de dépendance et d'asservissement.
    Sous l'esclavage, gît donc la question du pouvoir. Il y a, pour l'auteur, un lien direct entre l'esclavage et l'émergence de l'État, qui s'arroge le monopole des esclaves, vis à-vis des pouvoirs concurrents, de tout ordre, économique ou non. D'où la constatation, bien documentée, que c'est dans les sociétés les moins centralisées et les moins hiérarchisées, en principe les moins oppressives, que se rencontre la pire condition de l'esclave. Et l'inverse : c'est dans les sociétés les plus autoritaires et despotiques que la condition de l'esclave semble la moins défavorable.
    Alain Testart est un des rares anthropologues qui disposent d'une culture aussi étendue, largement comparative. Cette nouvelle édition, établie par sa collaboratrice, Valérie Lécrivain, ajoute à l'ancienne un article inédit qui permet de préciser les thèses de l'auteur. Elle fait de ce livre d'il y a plus de quinze ans un livre neuf, plus adapté aux connaissances et aux sensibilités contemporaines

  • Lors de son discours de Ouagadougou, le 28 novembre 2017, Emmanuel Macron a prôné une 'restitution' des oeuvres d'art africaines conservées par les musées français. Le terme semble présupposer que les oeuvres sont détenues illégalement. Le rapport confié par la suite à Bénédicte Savoy et à Felwine Sarr (Restituer le patrimoine africain : Vers une nouvelle éthique relationnelle) va résolument dans ce sens : toutes les oeuvres doivent être 'rendues' et il fixe pour cela un calendrier devant s'appliquer sans tarder. Si elles étaient suivies, les recommandations de ce rapport pourraient mettre la France, selon Emmanuel Pierrat, dans une situation intenable. Dans un texte documenté et combatif, ce grand connaisseur de l'art africain dresse un panorama complet de la question afin d'écarter les affirmations simplificatrices ou moralisatrices qui risquent d'entraver l'accès à la culture.

  • 38 cas pratiques soumis à un examen précis et informé :

    Aumôneries o Autorisation d'absence o Blessure o Bureau de vote o Calendrier civil o Cantine scolaire o Caricature o Cérémonie religieuse o Cimetière o Circoncision o Cloches et muezzin o Crèche de Noël o Département concordataire o Dimanche o Édifices cultuels o Entreprise de tendance o Entreprise privée o Financement o Foulard o Funérailles nationales o Histoire et mémoire o Hommes de foi o Imams o Injure et blasphème o Jupe longue o Liberté de l'art o Mariage o Naissance et mort o Non-mixité o Nourriture o Politique et foi o Prétoire o Publicité o Sectes o Services au public o Services publics o Vues de l'étranger o Zèle (excès de)

  • Luc Boltanski et Arnaud Esquerre restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d'Europe de l'ouest, marqués d'un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l'exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent. L'ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu'à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément - notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d'objets anciens, la création de fondations et de musées, l'industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme. Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l'exploitation du passé.

    Ce type d'économie, Boltanski et Esquerre l'appellent économie de l'enrichissement.
    Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu'elle n'entreprend d'enrichir des choses déjà là ; parce que l'une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d'enrichissement.
    Alors l'analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l'extension et l'hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l'échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c'est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les États qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l'analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur.

    On comprend d'entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

  • Quatre-vingt-treize : la Seine Saint-Denis est la figure des transformations révolutionnaires que connaît la France contemporaine. Un département dans lequel l'importance de la présence musulmane s'inscrit au coeur des bouleversements de la démographie et de l'immigration, de la marche forcée de la désindustrialisation à la haute technologie, de la persistance du chômage, d'une intégration sociale difficile à mettre en oeuvre - mais aussi de la percée des nouvelles générations dans le champ politique, culturel ou économique. Ces contrastes très accusés sont l'une des caractéristiques les plus saillantes et les moins connues de l'islam de France. C'est cela que nous donne à voir Quatre-vingt-treize, en partageant avec le lecteur l'expérience du terrain au quotidien, depuis les mosquées et les HLM jusqu'aux lambris des palais de la République, et la perspective historique de trois décennies écoulées, à travers l'islam des 'darons', des Frères et des jeunes. Entre la tentation salafiste et la participation aux élections, le halal et l'internet, l'islam de France déploie une multiplicité de facettes qui s'inscrivent dans une citoyenneté encore inaccomplie, comme l'illustrent ces deux extrêmes opposés que sont la composition de l'équipe de France de football et celle de l'Assemblée nationale.
    Quatre-vingt-treize apporte des connaissances inédites et de première main au débat de fond qui traverse notre société sur la participation de l'islam à la construction de son identité plurielle dans un univers globalisé.

  • Un jour de mai 1999, le Haut Commissariat aux réfugiés proposait à Smaïn Laacher, sociologue connu pour ses travaux sur l'immigration et les déplacements de populations, d'être un de ses représentants auprès de ce qui deviendrait la Cour nationale du droit d'asile. Il s'agit d'être un des deux juges assesseurs qui, avec le juge président, constituent la "formation" chargée d'étudier l'ultime recours des requérants déboutés du droit d'asile en première instance.
    Durant une quinzaine d'années, Smaïn Laacher est au coeur de l'institution qui applique la politique souveraine du droit d'asile. Une application pragmatique, selon l'évaluation par les juges de la véracité du dossier, mais qui souvent a conscience de sa fragilité : comment juger, c'est-à-dire décider du destin d'une femme ou d'un homme qui, le plus habituellement, ne parle pas le français, mais doit emporter l'intime conviction de la formation que sa vie est en danger dans son pays d'origine ? Il faut que les juges se forgent une opinion alors que les faits supposés se sont déroulés à des milliers de kilomètres, sans véritables témoins ni preuves, et dans un contexte de spécificités religieuses, culturelles ou linguistiques que seuls des anthropologues
    de terrain pourraient appréhender.
    Comment savoir ce que furent réellement les épreuves subies par les requérants quand les femmes tairont, en particulier, les violences dont elles ont été les victimes ? Que les réfugiés racontent souvent un même récit dont d'autres requérants leur ont dit que c'est celui-ci et pas un autre que les juges attendent et entendent ? Qu'est-ce qu'une preuve lorsque le juge doit se fonder sur la seule bonne foi de celui qui demande ?
    Smaïn Laacher nous conduit dans les arcanes du droit d'asile. Mille et une questions y assaillent les juges comme en témoigne ce document exceptionnel sur une justice qui est rendue en votre nom.

  • "De la tuerie de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à l'assassinat du père Hamel, le 26 juillet 2016, le terrorisme islamiste a causé la mort de deux cent trente-neuf personnes en France. Et des listes de cibles incitent des "lions solitaires" à continuer le massacre.
    L'objectif de ces provocations meurtrières est de fracturer la société française par une guerre civile larvée dressant, au nom d'une religion dévoyée, un nouveau prolétariat d'enfants d'immigrés contre les classes moyennes.

    Pour y parvenir, les djihadistes tentent d'embrigader les musulmans de France, qui leur sont massivement hostiles. Des stratégies de rupture sont mises en oeuvre afin de souder cette communauté contre l'"islamophobie" imputée à la société.
    Cela nourrit la propagande de politiciens qui cherchent leur avantage en vue des élections de 2017, tombant dans le piège des terroristes alors même que la patrie est en danger, randis que l'Europe se fissure et que le Moyen-Orient explose.
    Conçu autour des chroniques radiophoniques que j'ai tenues chaque semaine sur France Culture entre les étés 2015 et 2016, La Fracture restitue en contexte cette année terrible et plaide pour un engagement lucide de nos concitoyens."
    Gilles Kepel.

  • L'islam est devenu une religion française. Parce que c'est la première religion pratiquée de France. Parce que les musulmans de France sont français pour les trois quarts d'entre eux. Parce que la France peut être une terre fertile pour le renouveau théologique et intellectuel dont l'islam a tant besoin. La religion musulmane enfin est un problème français parce que c'est au nom d'Allah que le terrorisme frappe la France ou que certains tentent d'imposer une vision du monde alternative au projet républicain.
    Le livre d'Hakim El Karoui explore les pratiques, les croyances et les comportements des musulmans de France, grâce à l'exploitation minutieuse de la grande enquête réalisée en 2016 par l'Institut Montaigne. Il décortique la stratégie de diffusion de l'islamisme et les ressorts de son succès. Il analyse enfin les mécanismes qui conduisent petit à petit intellectuels et commentateurs à tomber dans les pièges des islamistes : réduire l'islam à l'islamisme pour encore et toujours imposer une seule et unique vision de l'islam.
    Il y a pourtant une voie, explorée dans ce livre, qui doit permettre à l'islam de trouver sa place sereinement dans la République grâce à une nouvelle génération qui émerge peu à peu, fruit de l'assimilation à la française, ici réhabilitée. C'est cette nouvelle génération qui doit mener la contre-insurrection culturelle dont l'islam a besoin, en France bien sûr, mais aussi dans le monde musulman.

  • 'Au printemps 1968, dans les rues de Paris, une révolution de la révolution a donc eu lieu, juge Blanchot, qui nous invite à vivre et à penser
    les luttes politiques hors de tout horizon d'une prise de pouvoir, en accord avec l'injonction marxienne à "la révolution en permanence".'
    Jean-François Hamel et Éric Hoppenot.

  • Élections : sous le signe de l'imprévisible :
    Marcel Gauchet - Gilles Finchelstein, Une étrange victoire (un échange)
    Nicolas Roussellier, Où en est la Ve République?
    Michel Guénaire, Une violente transition. Scènes de campagne
    Stéphane Rozès, Emmanuel Macron, Aladin de l'imaginaire français (entretien)
    Gaspard Gantzer, Communication politique, les leçons de 2017
    Nicolas Vanbremeersch, 2005-2017: la politique dévorée par le numérique?

    Jean-Baptiste Barfety - Arnaud Montebourg - Franck Dedieu, Privatisations et volontarisme économique. Les dénationalisations de 1987 et leurs leçons.

    Fillon : quand les juges s'invitent en politique :
    Pierre Avril, L'État de droit contre l'État républicain?
    Denys de Béchillon, Torquemada aux manettes
    Francis Hamon, L'État de droit et le principe de l'opportunité des poursuites
    Olivier Jouanjan, Un 'coup d'État de droit'?
    Pierre Avril, En guise de conclusion (provisoire)

    Pascal Bruckner, Qui sont nos ennemis?

    1917 : Révolution russe, siècle américain :
    Marc Ferro, Révolution d'Octobre : que doit-on commémorer?
    Sophie Coeuré, Un passé peu encombrant. La mémoire d'Octobre 1917 entre l'Union soviétique et la France
    Stéphane Courtois, L'Europe face à la mémoire du communisme
    Georges Nivat, Soljenitsyne, d'octobre à février 1917. L'échec de la démocratisation russe
    Adam Tooze, Le siècle américain, 1917-2017

  • En dépit de certaines apparences, l'immigration ne constitue pas le principal sujet de cet ouvrage. Ce dont il est essentiellement question, c'est la crise interne à la nation française, une crise tout à la fois politique et morale, une crise de notre projet républicain aussi bien que de notre identité collective.

    La variété de ses symptômes permet d'appréhender cette crise sous de multiples angles, de l'éducation aux institutions en passant par l'économie. Si l'immigration formera ici la pierre angulaire du raisonnement, ce n'est pas pour lui prêter un rôle causal, ni même pour lui donner la primauté parmi les enjeux contemporains, mais parce qu'elle nous tend un formidable miroir. Quand on l'envisage dans toutes ses implications, on voit paraître la France telle qu'elle vit et se pense aujourd'hui : c'est comme une bobine que l'on déroule.

    Il s'agira donc, en dénouant minutieusement ce fil emmêlé, d'exposer les ressorts de nos difficultés présentes afin de cerner les moyens de les surmonter. Nos atouts sont évidents, mais le temps presse.

  • À la suite des attentats parisiens de 2015, une nouvelle catégorie de détenus a fait son apparition en nombre dans les prisons françaises : le djihadiste, soldat de Daesh.
    À la différence des enquêtes de police et des instructions judiciaires, qui cherchent à rassembler des faits et établir des preuves, ce livre s'intéresse aux idéaux et fantasmes avec lesquels ces combattants justifient leur engagement dans un parcours où se mélangent l'idéalisme le plus utopique et les pires violences.
    Pour écouter les paroles de ces détenus d'un genre particulier, il est nécessaire de se détacher provisoirement de tout jugement moral. Au fil de ses entretiens, Guillaume Monod, pédopsychiatre, a constaté que le rapport des djihadistes à la religion n'est pas tant théologique ou politique que mythologique, car l'État islamique incarne un mythe qui plonge ses racines aussi bien dans la géopolitique contemporaine que dans l'histoire millénaire de l'islam.
    Deux questions parcourent cet ouvrage : Qu'est-ce qui pousse ces jeunes Français à partir, au péril de leur vie, pour un pays dont ils ignorent tout, à commencer par la langue ? Quelles ressources peut-on mobiliser face aux recruteurs d'une cause qui valorise aussi bien la fraternité et l'altruisme que les exécutions sommaires et les attentats-suicides ?
    Guillaume Monod est psychiatre, docteur en philosophie ; il travaille dans une maison d'arrêt en région parisienne.

  • "Dans cette anthologie, Mai 68 apparaît sous une forme paradoxale : intense et insignifiant, vivant et disparu, haï et regretté, utopie réaliste qui demande l'impossible, phénomène contradictoire qui agrège tous les imaginaires du temps sans jamais s'y limiter. Mais sa force réside encore aujourd'hui dans cette force de subversion et cette capacité de saper tout ce qui croyait pouvoir durer et qui, depuis, se sait provisoire. Une brèche fut ouverte. Mai aura cette année cinquante ans. L'âge des pères qu'il giflait, l'âge largement dépassé de la génération à laquelle il a donné son nom. Le temps de métamorphoser à force de discours la plaie en cicatrice."
    S. Doudet

  • Daech déclare la guerre aux valeurs de l'humanisme moderne et prétend le faire au nom d'un retour à l'islam des origines. Il lance par là un défi frontal aux musulmans, qui sont mis en demeure de le condamner moralement, mais aussi et surtout de le réfuter sur le plan théologique afin de délégitimer son discours. S'ils sont si peu nombreux à le faire, c'est que cela suppose la remise en question du dogme selon lequel, le Coran étant la Parole de Dieu, tous ses versets sont imprescriptibles.

    Mahmoud Hussein démontre que ce dogme ne découle pas du Coran, mais d'un postulat idéologique plaqué sur le Coran longtemps après la mort du Prophète, et qui le contredit de part en part. La Parole de Dieu se présente comme un dialogue entre Ciel et Terre, elle entremêle le spirituel et le circonstanciel, elle s'implique dans le quotidien des premiers musulmans, dans le contexte de l'Arabie du VIIe siècle. Une partie de son contenu apparaît ainsi comme étant indissociablement liée à une époque révolue.

    Relever le défi de Daech sur le plan doctrinal peut être, pour de nombreux musulmans, l'occasion de recouvrer leur liberté de conscience, en faisant sauter le verrou du dogme.

  • États-Unis : anatomie d'une élection surprise :
    Vincent Michelot, Une révolte programmée ? L'élection de Donald Trump
    Godfrey Hodgson, Trump et les beaufs. 'Démocratie bâtarde' et crise politique
    Roger Persichino, Les consciences du devenir et l'identité américaine
    Denis Lacorne, Le grand retournement. Les élections présidentielles de 2016 et les divisions de l'Amérique
    Didier Combeau, Les polices mises en examen

    Israël : les dérives de la démocratie :
    Ran Halévi, Situation de la démocratie israélienne
    Charles Enderlin, Dissonances. La promesse divine et les conventions internationales
    Matti Steinberg, La Nakba comme traumatisme. Deux approches palestiniennes et leurs répercussions politiques
    Tamar Hermann, Démocratie israélienne, 2016. Un instantané

    État islamique : quel califat ? quel islam ? :
    Xavier Raufer, L'État islamique, objet terroriste non identifié
    Mahnaz Shirali, L'islam de l'État islamique

    Brexit : du bon usage du référendum :
    Robert Tombs, La révolte anglaise. Brexit, euroscepticisme et avenir du Royaume-Uni
    Élie Cohen - Gérard Grunberg - Bernard Manin, Le référendum, un instrument défectueux
    Francis Hamon, Le référendum n'est-il qu'une caricature de la démocratie ?

    Le numérique et l'idée de l'homme :
    Pierre Beckouche, La révolution numérique est-elle un tournant anthropologique ?
    Guy Vallancien, Ecce Homo... artificialis

    Marcel Gauchet, Pourquoi L'Avènement de la démocratie ?

  • La France des "gilets jaunes" :
    Pierre Vermeren, Le dévoilement d'une France méconnue
    Philippe Genestier, Les 'gilets jaunes' : une question d'autonomie autant que d'automobile
    Monique Dagnaud, Femme seule avec enfants, héroïne (éphémère) des ronds-points
    Roman Bornstein, En immersion numérique avec les "gilets jaunes"
    Marcel Gauchet, Le révélateur des ronds-points. Notes sur une crise singulière
    Michel Schneider, Lexique du ressentiment
    Jean-Pierre Le Goff (1949 - ...), La rupture, la revanche et le chaos. Retour sur le mouvement de novembre-décembre 2018
    Éric Delbecque, L'ordre en révolution. La sécurité publique face aux radicalités politiques
    Gérard Grunberg, Les 'gilets jaunes' et la crise de la démocratie représentative
    Alain Duhamel, Que nous disent les "gilets jaunes" sur notre République ?
    Geoffroy Daignes, Pour en finir avec les fake news
    Autour de Quand l'Europe improvise de Luuk van Middelaar :
    Florence Autret, Raconter l'Europe : l'historien et le journaliste
    Thomas Serrier, Un gouvernement des Princes ?
    Paul Taylor, Le blues de l'Europe
    Antoine Vauchez, L'Europe telle qu'elle se fait
    Luuk van Middelaar, Pour une Europe visible et audible
    Krzysztof Pomian, Identité européenne : fait historique et problème politique
    Stephen Holmes - Ivan Krastev, Populismes à l'Est : une angoisse démographique
    Bernard Poulet, Un populisme de gauche est-il possible ?
    Le débat du Débat :
    Maurice Cusson - Olivier Hassid, Bonne nouvelle : le terrorisme recule. Pourquoi ?

  • "Le désir est le nouveau pouvoir. Il gouverne nos vies. Son autorité à peu près insensible s'exerce partout. Du lit à la table et du corps aux songes, elle se nourrit du consentement qu'elle suscite et du contentement qu'elle assure. Il fallait analyser ce mode inédit de gouvernement. Provoquer et orienter le désir est le moyen de tenir l'individu, de le diriger et de disposer de lui, au plus intime et au plus profond.

    En apparence, ce système du désir nous tient plus étroitement qu'aucune idéologie, qu'aucune religion n'a pu le faire. Mais les promesses s'épuisent. Mais la déception délie ceux que leur désir des mêmes choses réunissait. Quand la croissance n'est plus là, quand le progrès n'est plus partagé par tous, le désir de richesse, de confort, de plaisir apparaît pour ce qu'il est : le simulacre du désir vital, celui du pouvoir sur soi, de la liberté politique, de la survie de la communauté.

    Nous vivons ce moment extraordinaire où il s'agit de se libérer de nos libérations, où l'instinct de survie appelle à la renaissance du désir politique et du choix de notre destin."
    Hervé Juvin.

  • On peut et doit être fier de notre modèle républicain, sans mettre le poing sur la hanche ni la plume au chapeau, en assurant de notre mépris ceux qui en ont un autre.
    On peut et doit être prêt à le défendre mordicus contre les coupeurs de têtes sans le parer de vertus imaginaires. Point besoin de publicité mensongère pour soutenir la plus juste des causes.
    La rodomontade ferait du laïc un matamore, la mauvaise foi un Tartuffe. On ne se mettrait pas en ordre de bataille, car tel est bien l'ordre du jour, en cumulant les deux rôles.
    Il en va des beaux pays démocratiques comme des autres: l'idée qu'ils se font, et veulent donner d'eux-mêmes, correspond rarement à ce qu'ils sont en réalité.
    Quelques exemples de forfanteries, entendues ici et là à l'occasion de récentes et écoeurantes atrocités.

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