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  • « Partant de l'expérience vécue de la maladie, je voudrais montrer en quoi cette crise sanitaire est révélatrice d'un état problématique de notre société. La pandémie introduit sournoisement, massivement, l'angoisse de la maladie et de la mort ; elle fait apparaître la fragilité de la vie individuelle autant que collective, et notre relative impuissance devant un virus mal connu et contagieux.Face à cette épreuve, un président déclare le pays  "en guerre", des médias tournent en boucle, des médecins se disputent sur les plateaux... Des courants idéologiques gauchisants, des écologistes fondamentalistes, tout comme un courant de droite réactionnaire qui rêve de revenir en arrière en ont profité pour faire valoir leurs thèses : "On vous l'avait bien dit !" Les polémiques et les oppositions sommaires incitant les citoyens à choisir leur camp ont repris de plus belle. Comment s'y reconnaître dans tout ce fatras ?Nous vivons une pandémie anxiogène et bavarde qui nous a plongés dans un monde étrange où il est devenu difficile de démêler le réel de la bulle médiatique qui l'enveloppe. Le confinement nous a plongés dans une sorte de tunnel dont on ne voyait pas le bout  -  en sommes-nous vraiment sortis ou bien un nouveau mode de vie va-t-il s'installer durablement ?Le personnel soignant s'est trouvé confronté à l'épreuve du tragique. Il subissait depuis des années des restrictions budgétaires enveloppées dans une incroyable logomachie managériale sur la "performance" et ses multiples "boîtes à outils". Malgré la bureaucratie, le manque de protection et de moyens, il a su y faire face de manière exemplaire. La pandémie a révélé une société malade et fracturée, en même temps qu'elle a fait apparaître des "réserves d'humanité" qu'on aurait pu croire disparues à l'heure du repli individualiste et communautariste. Un tel élan est-il temporaire ou se prolongera-t-il par-delà le choc de la pandémie ? »

  • Le féminisme se porte-t-il sur un t-shirt ?  Kim Kardashian est-elle un objet sexuel ou une femme puissante ?  La série  Grey's anatomy  peut-elle changer la vie des femmes ?Dans un essai à la première personne documenté, passionné et engagé, Jennifer Padjemi, journaliste spécialiste questions de société, explore l'alliance, pour le meilleur et pour le pire, du féminisme et de la pop culture. En reprenant le fil des mouvements féministes modernes, de l'émergence d'un féminisme intersectionnel au mouvement « body positive » en passant par Me too et en se basant sur son expérience de femme noire, elle décortique le rapport que nous entretenons avec les objets culturels les plus populaires. Biberonnée  aux clips vidéo, chansons grand public et maintenant aux séries TV, notre consommation de divertissement façonne, accompagne, et parfois challenge notre vision du monde.  En utilisant la pop culture comme un miroir de notre société mondialisée, l'auteure questionne à travers elle le féminisme, le genre, la sexualité, l'intersectionnalité.Jennifer Padjemi interroge les liens d'interdépendance entre consommation de masse et idéologie progressiste, et jette un regard joyeux et lucide sur nos divertissements, sans concession au patriarcat.Un livre à mettre entre toutes les mains !

  • « Vingt regards sont braqués sur moi. Ils m'écoutent, tous, et je me demande ce que je fous là, avec l'impression d'être une mauvaise comédienne dans le remake sans le sou d'une série judiciaire américaine.
    Vingt personnes, des dossiers de vingt pages photocopiés trois fois, une heure de temps de vie multipliée par vingt individus multipliée par les heures de préparation desdits dossiers, les échanges par mail, par courrier et par téléphone.
    Tout ça pour régler au millimètre les conditions d'entrée de ma fille à l'école de la République.
    Ma petite Louise, trois ans, deux bras, deux jambes et toujours ce foutu chromosome en plus. »
    Quatre ans après La vie réserve des surprises, Caroline Boudet prend de nouveau la plume et revient sur les mois qui ont précédé l'entrée en maternelle de sa fille Louise, porteuse de trisomie 21. Des mois lourds, difficiles, souvent ubuesques : un véritable parcours du combattant pour elle et ses proches.
    Dans ce récit émouvant et drôle, l'auteure raconte la lutte sans répit pour la scolarisation de Louise. Elle en profite aussi pour dire ce qui est souvent tu, pour montrer ce qui est caché, par pudeur ou par gêne, concernant le handicap et le quotidien qui en découle (un autre bébé ou pas, et le grand frère ?, et le couple dans tout ça ?, le syndrome de stress post-traumatique après l'annonce du handicap d'un enfant, rester une femme quand on est « mère courage »...) Avec, en filigrane, ce tourbillon d'émotions - dont le rire, omniprésent dans les pires situations -  qu'est la vie avec un chromosome en plus.

  • « J'ai avorté deux fois et je suis la preuve qu'un avortement peut provoquer l'indifférence ou une déflagration. Je suis la preuve qu'il peut occuper vingt ans ou les seules semaines nécessaires à son accomplissement. Qu'il peut être l'unique issue envisageable ou simplement permettre d'attendre un meilleur moment.
    Alors, j'ai été lasse des discours péremptoires sur les raisons pour lesquelles les femmes devraient y avoir recours et sur ce qu'elles devraient, ou non, ressentir à son occasion. J'ai eu envie d'écouter certaines d'entre elles raconter ce qu'elles avaient vécu, en refusant que d'autres parlent pour elles.
    Ma préoccupation n'était pas le droit à l'avortement mais le droit à la parole de celles qui l'ont expérimenté.
    Le droit à l'avortement est inscrit dans la loi depuis 45 ans mais son exercice doit toujours être discret, si ce n'est secret. La loi nous autorise à avorter, la société nous empêche d'en parler. Nous sommes nombreuses à nous plier à cette loi du silence, parce que la gêne et la culpabilité sont toujours là.
    Je suis cependant convaincue que ce droit sera toujours fragile si nous n'assumons pas pleinement d'y avoir recours comme bon nous semble et si nous pensons le protéger en faisant profil bas, laissant alors au passage certains professionnels de la santé nous malmener.
    Voici donc ce livre, mélange de témoignages et d'une quête personnelle qui m'a transformée. 
    Ce sont quelques histoires d'interruption.
    Douloureuses ou anodines. Singulières.
    Une interruption aussi je l'espère, quand bien même furtive, du silence, de la honte et de la colère. »S. V.

  • « Le Combat Adama, ce n'est pas seulement le combat de la famille Traoré. Mon frère est mort sous le poids de trois gendarmes et d'un système. La France a un problème avec la police et la gendarmerie : ça fait partie du Combat Adama. La jeunesse fait partie du Combat Adama. L'école fait partie du Combat Adama. Le racisme fait partie du Combat Adama. La démocratie et la justice font partie du Combat Adama. »
      Assa Traoré
    Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est mort dans la cour de la gendarmerie de Persan dans le Val-d'Oise. C'était le jour de son anniversaire. Il avait 24 ans. Depuis, un combat se développe et s'amplifie qui, à partir de la question des violences policières dans les quartiers populaires, interroge en profondeur notre monde et la politique : le Combat Adama.

  • « Après ne pourra pas être comme avant. » « Nous tirerons tous les enseignements de cette crise sans précédent. » Multiplication d'appels, surenchère de serments, abondance d'engagements. Mais pour combien de temps, avant le retour du « business as usual » ? Oui la sécurité sanitaire, mais l'économie, idiot ! Oui l'environnement, mais la croissance, mon grand ! Oui la justice sociale, mais le réalisme, braves gens !
    Alors, cette fois, ce sont peut-être des femmes qui oseront donner leurs chances à l'impossible. Si ces femmes, de tous les continents, qui ont su conquérir leur place à la force de leurs idées, ne sont pas entendues, qui le sera ?
    Pour cela, il fallait les convaincre de s'exprimer, de s'exprimer ensemble, non pas d'une seule voix, mais dans une polyphonie. Pour dessiner un autre avenir que l'attente de la crise prochaine. On entendra ici la parole de la franco-américaine Esther Duflo, prix Nobel d'économie, celle de la navigatrice Isabelle Autissier, première femme à avoir accompli un tour du monde en solitaire et présidente du WWF France, celle encore de Godeliève Mukasarasi qui, pour son engagement lors du génocide rwandais a été désignée « Femme de courage », celle de la romancière Fang Fang dont le Journal tenu à Wuhan a fait le tour du monde malgré l'hostilité des autorités chinoises, celle de la généticienne Mayana Zatz, dont les travaux sur la cartographie du génome a permis d'aider des milliers de familles malades au Brésil, ou enfin celle de la philanthrope Melinda Gates dont la fondation investit massivement dans la santé mondiale et le développement. 
    De Paris à Kigali et de Sao Paulo à Seattle, chacune a puisé dans son expérience la plus intime, plus que dans une idéologie toute faite, pour contribuer à ce plaidoyer, comme s'il était possible que ce soit celui la dernière chance. 

  • Nous avons tous constaté que bien des gens dont nous respectons l'intelligence s'en servent... bêtement. Camus ne disait-il pas qu'il y a deux sortes d'intelligences, l'intelligence intelligente et l'intelligence bête ? Cette dernière produit une pensée uniformisée dont nous voyons les traces partout. Mais il n'est pas si facile de décrire ce phénomène de conformisme dans sa version actuelle. 
    Il ne s'agit donc pas dans cet essai d'incriminer une nouvelle fois la sottise dans sa large existence mais l'opinion des gens éclairés, ceux qui, ayant le temps et les moyens de s'informer et de se cultiver, sont pourtant victimes du préjugé et du lieu commun, qu'ils contribuent à distiller dans l'opinion contemporaine. Paresse, réduction, relativisme, recours à des idées intelligentes mais périmées... : il faut comprendre les mécanismes de cette butée de l'esprit qui fait qu'une pensée sophistiquée et en apparence libre s'applique parfois mécaniquement. 
    En 36 brefs chapitres, La bêtise s'améliore aborde l'amour, la politique, l'économie, l'art, la morale, l'école, la langue, le désir, le bonheur... Cet essai, dont un modèle pourrait être Le Neveu de Rameau de Diderot, met en scène le dialogue de trois personnages : Gulliver, l'homme en colère qui est le moteur de cette réflexion, son ami le narrateur, indulgent et curieux, et Clara, la fiancée du narrateur, qui tire plutôt la réflexion vers la philosophie morale. 
    Il n'y a pas de remède au conformisme, il s'agit juste de se montrer toujours vigilant et La bêtise s'améliore veut y contribuer en étant un appel à la responsabilité intellectuelle. D'abord éloge de la liberté d'esprit, il aimerait nous mettre en garde contre la pétrification de la pensée qui nous menace à tout moment.

  • Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme : on le devient. » Puisant dans sa propre expérience et avec un regard sur le monde, Fabienne Brugère décline cette phrase à travers les différents âges de la vie, de la naissance, la jeunesse, l'âge adulte à la vieillesse, en montrant comment la femme est à la fois piégée et cependant en mesure de se libérer. Cette défense d'un féminisme ordinaire cherche non pas à victimiser les femmes mais à expliquer qu'elles peuvent changer leur quotidien et le cours de leur vie.
    Ce livre est un plaidoyer pour la liberté, écrit par une philosophe engagée, qui travaille aussi sur le droit à l'hospitalité.

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    UNE FOIS N'EST PAS COUTUME, UN DIRIGEANT ICONOCLASTE DÉCIDE
    DE FAIRE VOLER EN ÉCLATS LES CLICHÉS.
    Nos PME françaises ne prospèrent pas ?
    Il est temps d'en finir avec l'obsession fiscale et administrative des patrons. Les vraies raisons sont ailleurs.
    Jean-Baptiste Rudelle a réussi un improbable défi.
    En moins de dix ans, sa société, Criteo, qui invente une nouvelle forme de publicités ciblées sur Internet, est passée de l'arrière-boutique d'une saladerie
    à une multinationale aujourd'hui cotée au Nasdaq, qui pèse plus de 2 milliards en Bourse. Il nous raconte ici son parcours, qui a été tout sauf un long fleuve tranquille, et ses échecs puisque pour lui l'échec est la condition même du succès. Il nous livre aussi ses secrets de réussite, ainsi qu'un vigoureux plaidoyer pour la création d'entreprises de hautes technologies en France. 
     

  • Krishnamurti (1895-1986) a été un penseur à contre-courant des idées reçues de son époque. Dès 1929, il a débuté une longue existence de prises de parole publiques à travers le monde qui, au-delà de sa disparition, continuent par l'écrit de fédérer une foule attentive. Sa bataille ? Réfléchir à la manière dont l'homme peut accéder à la vérité de la vie en se libérant de ses entraves ; l'accumulation de l'instruction, de la mémoire, des traditions et systèmes de pensée. 
    Krishnamurti ne livre en aucun cas de remède. La marche vers la liberté et la découverte de soi aboutira par chacun, et en chacun. Car pour comprendre le réel, encore faut-il prendre connaissance de soi. Et pour se connaître soi-même, la première étape vers la libération consiste à fuir le carcan du conditionnement. Et laisser jaillir l'état créatif. C'est cette délivrance de l'esprit statique, du connu, qui offrira à chaque homme l'accès au rang d'architecte d'une société nouvellePour les États-Unis, 1968, c'est l'année de l'élection du Président Nixon, celle aussi de l'assassinat de Martin Luther King et la quatrième année consécutive de guerre au Viêtnam. En 1968, de l'Ouest à l'Est, on remet sérieusement en doute l'american way of life. S'inscrivant dans ce contexte agité et fertile aux réfl exions lancées tous azimuts, Krishnamurti engage une tournée américaine et rencontre les étudiants du pays, auxquels il s'adresse dans ce volume à la fois en prenant la parole avec l'intransigeance et l'ironie qui le caractérisent, mais aussi en privilégiant le système du « questions-réponses », où l'on retrouve ses thématiques de prédilection : la vie, la mort, l'amour. 
    Sans jamais perdre de vue son auditoire, une jeunesse bien résolue à ne pas se taire, celui qui refusa toujours d'endosser l'habit de « maître spirituel » pose une question qui, avec un recul d'une cinquantaine d'années, déborde de ce strict cadre de la jeunesse et résonne en chacun de nous : comment penser une révolution qui ne soit pas sanglante mais une « révolution fondamentale », qui naîtrait en chaque individu ?.

  • Le phénomène prend de l'ampleur : les jeunes Français sont de plus en plus nombreux à se radicaliser et à faire allégeance à l'État islamique. La grande majorité d'entre eux a entre 15 et 25 ans. Pour le reste, tout les distingue : leurs origines, leur milieu social, leur religion, leur culture, leur niveau d'études, leur caractère et leur parcours individuel...Pourtant, aussi différents soient-ils, ils ont en commun de succomber aux sirènes de la propagande de Daech et de s'engager à ses côtés, adhérant sans réserve à une idéologie au nom de laquelle certains vont jusqu'à commettre des actes meurtriers contre leur pays et ceux qui pourraient être leur famille, leurs amis et leurs pairs.Que se passe-t-il au juste dans l'esprit d'un jeune prêt à risquer sa vie pour s'engager ? Comment peut-il en arriver là ? Pourquoi est-il séduit par le discours extrémiste de l'État islamique ? Qu'est-ce qui le pousse à rompre radicalement avec tout ce qui a fait sa vie jusqu'à présent ? Quand le jeune embrigadé a tiré un trait sur sa famille pour se tourner vers une famille de substitution, quand il a remplacé la raison par le mimétisme et la répétition, quand c'est le groupe qui pense à sa place, quand il ne ressent plus rien pour personne, quand il veut tuer et mourir, comment le remobiliser en tant qu'individu ?Ces jeunes gens sous emprise, élevés dans les réseaux sociaux, baignés de réalité virtuelle, n'hésitent pas à passer à l'acte pour vivre un idéal et ne plus se contenter de le rêver. Ils nous inquiètent, nous dérangent et nous interrogent. Sont-ils des symptômes de notre époque ? Entre fragilité inhérente à l'adolescence, engagement, fanatisme, radicalisation et folie meurtrière, où se situe la frontière ? Ensemble, les auteurs aident des jeunes et leur famille à sortir de l'embrigadement. Ils décryptent ici les méthodes employées par les recruteurs de l'État islamique et nous aident à comprendre les processus à l'oeuvre dans la radicalisation adolescente. Avec, en filigrane, l'espoir de permettre aux jeunes de retrouver leur liberté de penser.

  • « Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde. » A. Camus
    Il n'existe pas, en France ni dans le monde, de terme neutre et unique pour caractériser l'ensemble des violences ou offenses qui sont faites aux femmes parce qu'elles sont des femmes. Et c'est de ce constat qu'est parti la réalisatrice Lisa Azuelos pour créer une association, et un livre collectif : Ensemble contre la gynophobie.
    Puisqu'une femme n'est définissable ni comme race ni comme religion, les violences et les inégalités qu'elle subit restent sans nom. Sans voix, donc.
    Le livre et l'association ont pour objectif de faire émerger le mot « gynophobie », de créer un mouvement mondial afin de qualifier et de dénoncer tous les actes de gynophobie, et de faire en sorte que ce mot devienne le pivot pour créer tant un observatoire qu'un outil pénal.
    À l'instar de l'homophobie, du racisme ou de l'antisémitisme, ce mot pourrait, sans stigmatiser un sexe, une culture ou une religion, tracer un cordon de sécurité autour de ce qui n'est plus acceptable au xxie siècle.
    La moitié de l'humanité doit cesser d'être une minorité pour le bonheur de tous.

  • Que nous dit Charlie, alors que se dissipent les ultimes mirages du 11 janvier ? Que le blasphème n'est pas de retour car il ne nous a jamais quittés. Qu'il n'est pas un principe religieux, mais qu'il a toujours été un instrument politique. De Rushdie à Dieudonné, d'Islamabad à Copenhague et de la Cour européenne des droits de l'homme à la Cour suprême des États-Unis, en passant par la Bible et le Coran, les caricatures de Mahomet et l'inflation des lois mémorielles, voici une plongée à travers les temps et les lieux du blasphème qui en dévoile sans concession toute l'actualité. 
    Car, par-delà l'émotion, la question essentielle est de savoir si, aujourd'hui, la France n'a pas déjà tourné le dos, secrètement, à la liberté d'expression.

  • « Il suffit de voir une petite fille habillée de rouge, panier sur le bras, pour sentir la présence de la galette et du loup. Il suffit aussi, désormais, d'ouvrir un congélateur pour craindre la découverte d'une nurserie macabre, de croiser une joggeuse pour voir un halo en sursis fluo. Le cours de la Vologne nous inquiète tout autant qu'une maison de pain d'épices. Il y a le petit Poucet et le petit Grégory, la pantoufle de vair et le pull-over rouge. Les faits divers sont là. Dans nos vies, dans nos représentations, nos blagues, nos mots, nos craintes nos réflexes, dans nos imaginaires.
    À première vue, tout semble avoir déjà été dit et redit sur eux. Bien des théories que l'on a proposées à son sujet (politiques, sociologiques, psychanalytiques, etc.), si brillantes soient-elles, parlent cependant de tout sauf d'une chose pourtant essentielle : la façon tout à fait originale dont les faits divers nous marquent, nous imprègnent une fois la sidération passée, la manière dont on les « vit » existentiellement, dont ils persistent. À force de regarder du côté des causes, des conséquences, de l'origine, de la structure, du rôle, de l'utilisation, on en vient à ne plus voir le fait divers tel qu'il fait effet. C'est pourquoi, il faut aussi décrire l'empreinte, l'écho, la fragrance que les faits divers laissent dans notre monde, en chacun de nous. C'est l'objet de ce livre qui à travers l'étude des objets, des héros, des lieux, du style des faits divers cherche à expliquer la place considérable qu'ils occupent dans notre existence. »Mara Goyet

  • Autant le dire simplement, j'aime Marseille. J'y ai vécu, et j'y retourne souvent. Deux parties de la ville qui n'ont a priori rien à voir m'occupent depuis des années.
    La première se passe à la Castellane, dans les fameux quartiers nord. Fin 2011, juste avant Noël, un garçon de 17 ans, prénommé Kamel, y était assassiné à la kalachnikov. Deux jours après, trois dealers grillaient dans un « barbecue ». Une balle dans la tête et des corps brûlés dans une voiture, parce que « ça prend vite feu ». Kamel habitait la cité de Zinedine Zidane que j'avais arpentée aux temps où l'on célébrait la France « blanc, black, beur ». En 2011, les trafiquants de la Castellane n'avait pas encore fait résonner leurs fusils mitrailleurs à la veille d'une visite du premier ministre à Marseille et la cité ne faisait pas les gros titres de journaux. Mais, on disait déjà qu'elle abritait le plus gros marché de stupéfiants de la région, voire de France, ce qui était vrai. 
    Dans la même période, on assistait à l'ascension des deux frères Guérini, Jean-Noël, qui présidait le conseil général des Bouches-du-Rhône et Alexandre, qui retraitait déchets et ordures. Quand Kamel a été abattu en bas de son immeuble, Jean-Noël venait d'être mis en examen pour, entre autres, « trafic d'influence » et « association de malfaiteurs ». Le juge qui instruisait le dossier parlait d'un « système mafieux » mais le socialiste continuait à diriger le département. Son frère Alex, poursuivi pour les mêmes motifs (plus quelques autres dont la « détention » d'un chargeur de pistolet Glock), sortait de cinq mois de détention préventive mais lui aussi continuait à diriger ses entreprises.
    Ces deux histoires parallèles ont fini par se rencontrer.
    D'un côté, les quartiers nord, les zones périphériques réservées aux descendants d'immigrés, l'économie de la drogue et sa violence à l'état brut. De l'autre, les quartiers sud, la partie « corso-marseillaise » de la ville, son économie tout court et sa violence recyclée dans les urnes. Deux mondes dissemblables et pourtant imbriqués, l'un expliquant l'autre. Et entre deux franchissements de frontières, j'allais au Cercle des Nageurs, ce club de natation, dont la célébrité s'accroît après chaque compétition internationale.
    Ce livre est né de mes allers et retours entre ces deux mondes, avec le Cercle au milieu, comme un miroir grossissant de la ville.
    Marseille est belle et tragique, tout chez elle semble soumis à la fatalité. Marseille est elle-même un cercle, un cycle éternellement recommencé, que rien ne vient jamais briser, la définition même de la tragédie.
    Marseille a une histoire. Cette histoire la rend unique. Et cette histoire l'enferme. Tous ceux qui ont prétendu vouloir lui offrir un autre destin ont été éjectés du cercle. Marseille, quel que soit le maire qui occupe son hôtel de ville, et quel que soit le gouvernement qui au sommet de l'État promet d'y ramener de l'ordre, reproduit toujours les mêmes formes. Ses habitants eux-mêmes, qu'ils me pardonnent de parler à leur place, enragent d'en être prisonniers mais, qu'on leur donne la clé, ils n'ouvrent pas pour autant la porte pour s'échapper.
    Sinon quoi ? Leur ville serait comme toutes les autres. »M.-F. E.

  • « Les États-Unis sont en proie à une hystérie morale - notre sport national - sur les questions de race et de genre qui rend impossible tout débat public rationnel. La gauche américaine a délaissé la persuasion démocratique pour s'engager à cor et à cri dans la dénonciation hautaine. La gauche européenne elle aussi est à la recherche d'un nouvel élan, et certains suivent avec intérêt ce qui se passe outre-Atlantique. Mon livre s'adresse tout particulièrement à eux. Je veux les mettre en garde et les convaincre que la politique identitaire est un piège qui, à la fin, ne servira que la droite qui a bien plus l'habitude d'exploiter les différences. Après la lutte des classes, après un flirt avec l'insurrection armée, après le rêve romantique du tiers-mondisme et face aux défis de la mondialisation, il est grand temps que la gauche redécouvre les vertus de la solidarité républicaine. »
      M. L.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson

  • Sur les enfants d'immigrés circulent idées reçues et préjugés. Or, les membres de cette « deuxième génération », perçue et désignée comme un groupe à part, sont loin de correspondre à l'image stéréotypée du « jeune de banlieue » encagoulé. Leurs destins, d'une grande diversité, contribuent à dessiner l'avenir du pays que leurs parents ont choisi. 
    Pour la première fois, une vaste enquête porte sur des familles immigrées venues de tous les continents. Elle a en outre pour originalité de s'intéresser aux liens entre générations, généralement peu étudiés dans cette population, comme si elle n'avait plus de passé. Enfin, elle prend en compte, dans chaque famille, la situation de tous les enfants, ce qui permet d'intéressantes comparaisons. Ainsi, sur un sujet où domine trop souvent l'idéologie, les auteurs présentent ici de solides données. 
    On mesure, par exemple, combien dans une même fratrie les filles réussissent beaucoup mieux que les garçons. L'enquête révèle également la force du projet parental et son rôle dans la réussite scolaire des descendants d'immigrés qui s'avère spectaculaire, tout comme la mobilité sociale d'une génération à l'autre, cela quelle que soit l'origine familiale. On découvre aussi que les relations de filiation sont soumises à rude épreuve dans l'émigration, car si liens affectifs et solidarités demeurent, les transmissions se perdent. Les enfants, qui satisfont les attentes d'un côté, les trahissent de l'autre. En s'autonomisant, ils parachèvent le désenchaînement des générations.

  • Le X est partout. Chaque année, près de cent milliards de vidéos sont regardées gratuitement sur le site Pornhub. Amateurs, fétichistes, libertins... Désormais, la pornographie est à portée de clic. Cette banalisation change la manière de travailler des professionnels du secteur, confrontés à une crise sans précédent. Doit-on avoir peur de cette nouvelle donne ? Comment appréhender les contenus pornos disponibles sur Internet ? Sont-ils de plus en plus violents ? Faudrait-il les censurer pour le bien-être de nos enfants ? Les femmes regardent-elles aussi du porno ? L'addiction existe-t-elle ?
    De Los Angeles à Budapest, en passant par Paris, Newcastle et Barcelone, Marie Maurisse a rencontré les nouveaux acteurs du X et questionné des spécialistes sur ce que la diffusion massive de la pornographie change dans nos vies. Son récit mélange reportages, interviews et analyses qui nous donnent les clés pour réagir à ce nouvel âge.

  • La première moitié du XXe siècle fut une époque de guerres, de destructions et de révolutions qui mirent l'Europe à feu et à sang. De l'explosion du vieux monde en 1914 au nouvel équilibre instauré en 1945, le continent connut des temps de catastrophe et de chaos.
    Pour Enzo Traverso, la notion de « guerre civile européenne » permet de rendre compte de cette terrible combinaison de guerre totale sans front ni limites, de guerres civiles locales et de génocides, qui vit aussi laffrontement de visions opposées du monde. Dans une ample perspective solidement documentée, il en brosse les principaux traits : le mélange de violence archaïque, de violence administrative froide et de technologie moderne pour anéantir l'ennemi, la brutalisation de populations jetées dans l'exode ou l'exil, le déchaînement émotionnel des conflits entre civils au sein de sociétés déchirées (URSS 1917-1923, Espagne 1936-1939, Résistance 1939-1945) ou encore l'irruption de la peur et l'effroi de la mort dans l'esprit des hommes. Restituant également leur place aux protagonistes engagés, il analyse les positions de ces intellectuels de l'entre-deux guerres qui, à partir d'un égal rejet du monde en l'état, optèrent de façon opposée pour le communisme (tels Gramsci ou Benjamin) ou pour la révolution conservatrice (tels Jünger ou Schmitt). Il revient de même sur le combat des militants et résistants antifascistes, sans pour autant esquiver la question des liens avec le stalinisme ou celle de l'aveuglement face au génocide.
    Ce livre s'inscrit ainsi contre une relecture de cette période de l'histoire qui, sous couvert d'une critique des horreurs du totalitarisme, tend à rejeter les acteurs, fascistes ou antifascistes, dans le purgatoire indistinct des idéologies, comme si, derrière les victimes, aujourd'hui célébrées, tous les chats du passé étaient gris.

  • Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l'Europe et le monde, comme un malheur incomparable ?
    Marcel Gauchet aborde ce problème d'une façon originale, en procédant d'abord à un vaste examen historique, qui le conduit aux xviie-xviiie siècles, jusqu'à la période immédiatement contemporaine. Au passage, l'auteur analyse en profondeur le règne de De Gaulle et celui de Mitterrand, l'un et l'autre matriciels pour comprendre notre présent.
    Puis Marcel Gauchet s'attaque aux ressorts de la société française d'aujourd'hui, dont il dissèque les maux : pourquoi la mondialisation et l'insertion dans l'ensemble européen sont-ils ressentis en France avec une particulière inquiétude ? Pourquoi le divorce entre les élites et le peuple prend-il chez nous ce tour dramatique ? Quelle responsabilité incombe aux dirigeants dans la montée de ce qu'on appelle, sans y réfléchir, « populisme » ? Quel rôle joue, dans le marasme français, le néo-libéralisme auquel Mitterrand a converti la France sans le dire ?
    Enfin, l'auteur montre que nous sommes aujourd'hui au plein coeur d'une période d'idéologie, d'autant plus pernicieuse qu'elle n'est jamais repérée pour ce qu'elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s'agit de l'idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés.

  • En 1995, l'auteure et son mari, tous deux journalistes, s'installent dans le xxe arrondissement. La diversité de ce coin de Paris leur plaît. Leurs enfants vont à l'école de la rue Jean-Pierre Timbaud - une école primaire catholique, mitoyenne d'un centre juif pour enfants handicapés et de la mosquée Omar, haut lieu intra-muros de l'islam salafiste. À travers eux, Géraldine Smith fréquente les parents : par exemple Bruno, ex-chanteur pour midinettes, compositeur de variétés ; la mère réunionnaise de Corenthin, agente des douanes ; le père de Jean-Moïse, chauffeur de taxi camerounais, résolu à sauver ses enfants des « mauvaises fréquentations », ou, encore, le père algérien de Massiwan, comptable au chômage et en panne d'espoir pour son petit garçon.
    /> Mais la France « plurielle » manque chacun de ses rendez-vous. En classe, des enfants nés à Belleville se perçoivent, et sont perçus, comme Algériens, Camerounais ou Marocains ; dans la rue, des librairies islamistes évincent le petit commerce, y compris musulman ; une organisation prosélyte pakistanaise, le Tabligh, recrute chez les jeunes ; les regards des hommes en qamis jugent les femmes aux bras nus ; une mère en survêtement de sport est traitée de « pute » ; la fille au-pair australienne se fait agresser au moment de l'invasion de l'Irak. En 2007, quand les Smith saisissent une opportunité professionnelle en Amérique, ils partent sans regret. Géraldine emporte avec elle le récit inachevé d'un échec. Depuis, régulièrement, elle revient, revoit ses amis, interroge la directrice de l'école, d'autres habitants de la rue, et continue à suivre au plus près la réalité du quartier.

  • Grenoble : le premier vrai procès du proxénétisme, en France. Cinq femmes. Bernadette, Chantal, Fabienne, Nadia et Paulette. Entre 18 et 27 ans. Prostituées ambulantes, pierreuses, sur les routes nationales aux alentours de la ville. Deux gendarmes. Parmi d'autres. Ces deux-là sont patients, humains et démentent une réputation toute faite. Bouleversés par les pierreuses, ils mènent l'enquête. Un juge d'instruction. Pas vraiment traditionnel. N'hésite pas à remettre en cause les moeurs du parquet de Grenoble ni à s'attaquer au milieu. Fait tomber les proxénètes par dizaines. Les souteneurs : neuf, en particulier. Italiens immigrés, inculpés de proxénétisme aggravé. On parle aussi de tortures.

  • Où en est la vie à deux après les tornades qui ont secoué les couples ? La plupart des femmes, aujourd'hui, travaillent : qu'est-ce qui change alors dans l'amour, la vie familiale, l'éducation des enfants ou le pouvoir politique ? Tout. Mais loin de conduire à une guerre des sexes, cette révolution favorise le rapprochement, l'équilibre, une meilleure compréhension, puisque chacun peut se mettre à la place de l'autre. Le problème n'est plus de savoir dans le couple qui porte la culotte : pour le nouveau couple, il suffit maintenant d'un pantalon pour deux. Les femmes libérées font les couples heureux, ce sont les hommes eux-mêmes qui l'affirment, même si cela nécessite de leur part quelques ajustements. Face à ces femmes plus épanouies qui vivent et réagissent comme des mecs, naît un nouveau comportement masculin, une nouvelle société. Pour la première fois dans l'Histoire, il n'y a plus de rôles dictés par la tradition, par un consensus social ou ses propres peurs. La vie à deux est devenue une question de logique personnelle, d'improvisation quotidienne : l'aventure.

  • À l'issue de l'Année de la Femme, Catherine Valabrègue fait le point sur les réactions des hommes face au désir de libération des femmes. C'est du féminisme que, paradoxalement - pense-t-elle -, va surgir l'homme nouveau. Tant que l'homme, et son mode d'être et de vivre, seront modelés selon les critères ancestraux d'ordre et de supériorité, l'humanité n'aura aucune chance de réaliser le vrai couple. Ce qui panique les hommes c'est cet assaut de réflexions féministes qui, cependant, ne tend qu'à l'égalité. Avec ténacité, elle reprend et amplifie dans ce livre, à travers une enquête menée auprès d'hommes de tous les milieux sociaux, ce qu'elle avait déjà amorcé dans La condition masculine et Le droit de vivre autrement, de révéler cette crise d'identité dont les hommes ne pourront faire l'économie et prévoir généreusement, au-delà de cette crise nécessaire, les retrouvailles avec une humanité réconciliée.

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